La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DU DROIT A L'ASSISTANCE 271 S'il m'était permis d'élever la voix après des penseurs aussi auto~ risés, je rappellerais qu'il y a chez nous 20,000,000 de personnes réduites au régime du salariat (1), c'est-à-dire auxquelles, d'une façon générale, l'épargne est positivement interdite, en raison de la modicité de leurs ressources. D'après l'Annuaire statistz'que de la France, de 1883, le pfr(moyen:des salaires de la petite industi-ie à Paris, était, en 1880, de 5 fr. 15 par jour pour un ouvrier non nourri. En défalquant les 52 dimanches, les jours <.lefète et les congés indispensables, on ne trouve au plus, que 300 journées, ce qui donne 1545 fr. par an. Sans me préoccuper de l'augmentation absolue ou relative du salaire depuis Yiug-t,trente, cinquante ans au plus, je demande à toute personne un peu au courant de la vie pa1·isienne si un père de famille, avec sa femme et cieux ou trois enfants, peut trouver dans la somme en question aufre chose que la subsistance au jour le jour, loin qu'il lui soit possible de mettre comme)n dit, « quelque chose de côté. » Et ce chiffre est assurément le plus éleYé, supérieur au salaire des artisans dans les Yilles cle province et à celui des travailleurs des champs, toutes proportions gardées - c'est-à-dire en tenant compte des facilités de la Yic à meilleur marché pour ces deux dernières classes (2). Il y a donc une infinité de misérables voués, de génération en génération, au travail sans espoir, à la pauueté, à la dégradation intellectuelle et physique. En présence d'un pareil état de choses, en face de chiffres aussi effroyables que positifs, est-ce qu'il est possible de se croiser les bras et de laisser à« la charité », c'est-à-dire au capeice individuel, le soin de panser)es plaies entretenues et envenimées par l'application de la doctrine de la libre concurrence et du laissez-faire. Maisen • vérité, il ne s'agit pas seulement ici des doctrines des socialistes contemporains, mais de la triste réalité elle-même, et telle qu'elle avait été déjà parfaitement appréciée)ar un homme qu'on ne trai- {1(Sur les 15,000,000 d'invidus, en chiffres ronds, dont se compos9 la population active, la'.'.:,tatistique officielle du dénombrement de 1881, n'indique que 5,000,000 et demi rle salariés. Mais, pour ce qui coocerpe l'agriculture, elle donne 4,300,000 chefs,. "d'emploi et seulement 2,000,000 d'ouvriers! C'est que l"on compte comme ·chefs d'emploi un nombre considérable de paysaos ne possédaot que des parcelles insignifiantes, et qui doivent être rangés parmi les ouvriers agricoles. On reste certainement au-dessous de la vérité oa comptant 8,000,000 de salariés pour la population active; comme celle-ci ne forme que les 2y5de la population entière, on a donc bien un total de 20,000,000 de personnes vivant du salariat. (2\ La moyenne est de 3 fr. 25 dans les chefs-lieux de département, soit pour trois cents journé(IS, 975 fr. par an. Quant aux ouvriers agricoles, leur salaire moyen ne dépasse pas 850 francs. - Voyez, µour plus de détails; mon livre ùe l'Etat, Paris, an 93-1885, 1 vol. in-8", p. 119, sq.

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