La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

268 LA REVUE SOCIALISTE Il n'est pas de'fpays qui soit cité aussi souvent que la Gra~deBretagne pour la misère des gens du peuple; il n'en est pas où l'Etat prélève sur la société des taxes aussi considérables pour l'entretien des pauvres. Cette anomalie dans les apparences vient de ce que la misère y est plus cynique et partant, plus repoussante qu'ailleurs; nulle part on ne la soulage avec autant de prodigalité. La première loi sur !'Assistance publique (Poor Law) date de la fin du règne d'Elisabeth (1601). Le principe,encore appliqué aujourd'hui, fut que chaque paroisse deYait sub·venir aux besoins de ses pauvres et donner du travail aux indigents valides. A cet effet une taxe (poor rate) était prélevée sur les occupants de chaque maison; quelques-uns d'entre eux, choisis par leurs concitoyens, veillaient a la distribution des sommes recueillies, de concert avec les Churchwarrien. Jusqu'en 1723, sous le règne de Georges II, les pamTes avaient été secourus a domicile; a cette époque, et en raison de certains abus, une loi décida qu'on les recueillerait dans des établissements spéciaux; de la datent ces fameuses workhouses, maisons de refuge et de travail, dont le nom seul réveille tant d'idées sombres, qui, je me hâte de le dire, n'ont plus de réalité aujourd'h 1.lÎ. Vers la fin du xvu1• siècle, on autorisa de nouveau, et avec pleine raison, malgré les abus, la distribution des secours a domicile. En 1801, la taxe des pauvres s'élevait a quatre millions de livres; en 1833, a plus de 7 millions. Il y avait telle paroisse où chaque manœuvre était inscrit sur le registre des pauvres, recevant, a ce titre, plus qu'il ne pouvait gagner par son traYail, plus encore s'il avait une femme pauvre, et surtout des enfants : son « reYenu » croissait avec le nombre de ses rejetons. Toute fille-mère touchait deux shillings par semaine pour chaque enfant, ce qui était bien; mais en vertu du bastardy act (1), elle n'avait qu'a attribuer, sous serment, la paternité a tel indiYidu qu'elle désignait, ce qui était moins satisfaisant; celui-ci devait payer une amende, ou aller en prison, ou se marier. De sorte que tout paysan pouvait se voir contraint d'épouser la première catin qui avait l'effronterie de le \ désigner comme le père de la progéniture qu'elle portait rlans son sein (2). Un pareil état de chose ne pouvait durer. « A ce compte, s'écria un jour un membre du Parlement, la pamTeté eut fini par dévorer la Propriété. ,, Ce qui n'est évidemment pas le but a atteindre, -l'idéal étant au_:contraire de faire disparaître la pauvreté en uniYersalisant la Propriété. Le 17 avril 1834, Lord Althorp, chancelier (1) La « loi sur les bâtards > passée dans la 188 année du règne d'Elisabeth Parliament. {2) Cl. Poor La1':',Report,in Parliament Papers, vol. XXVII, 183~.

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