La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DU DROIT A L'ASSISTANCE 265 il s'agit beaucoup moins, ici encore, d'amour et de charité que de la suppression de la mendicité et du vagabondage. Dans le même but, un capitulaire commandait aux seigneurs de nourrir leurs pauvres sur le revenu de leurs bénéfices ou ùe leur patrimoine pour les empêcher de se livrer au vagabondage. S'ils s'éloignent, ciue nul ne s'avise de leur rien donner « nisi manibus laborent » (1). Et ici, pour le dire en passant, on a fait intervenir bien mal à propos le verset 10, chap. 3 de l'épître aux Thessaloniciens : « que si quelqu'un ne veut pas travailler, qu'il ne mange pas ». Outre qu'il s'agit d'une épître d'une authenticité douteuse, ce verset. qui s'applique d'ailleurs à un cas tout à fait particulier (2), est en contradiction flagrante avec la doctrine évangélique; et c'est à tort qu'Augustin (3) l'opposait aux moines fainéants et mendiants qui prétendaient vivre d'aumônes et qui lui fermaient la bouche ayec les versets 22-23 (chap. 12), plus célèbres encore, du troisième synoptique, où il est écrit entre autres choses : (< Considérez les lys, comme ils croissent, ils ne travaillent, ni ne filent, etc. » (4). Ni les décision~ des conciles, ni les capitulaires ne produisirent d'effets bien sérieux. La fondation ultérieure d'un plus grand nombre d'hôpitaux. prouye surtout - et la remarque appartient à l'orthodoxe M. Chastel - que l'on avait de moins en moins à compter sur la bienfaisance individuelle (5). Ces léproseries et maladreries, dont on a fait tant de bruit, n'étaient qu'un palliatif indispensable et bien précaire en face des maux effroyables du temps; la mesure s'imposait même impérieusement en présence des sales maladies rapportées de Jérusalem et qui paraissent avoir été, en dépit des affirmations sans preuve d'une fausse philosophie de l'histoire, le résultat le plus positif des croisades. Quoi qu'il en soit, la misère alla toujours croissant et l'impuissance de la charité se marqua de siècle en siècle par le nombre plus grand des victimes de la misère. Je n'ai pas à refaire cette histoire en détail : il me suffira de rappeler qu'en raison du nombre énorme des indigents, François r•• fut conduit. à inaugurer le principe de l'assistance obligatoire. Par lettres patent.es du 6 novembre 1544, il institua à Paris un bureau général des pauyres et lui donna le droit de lever chaque année une taxe sur tous les habitants : ce qui fut confirmé par Henri II, le 13 février 1551. ((A (1) Cap. A. 806, S 10, tom. I, col (i5à, édit. Baluze. (2) Il n'y a que quatre épitres de Paul " incontestables et incontestées », l'épitre aux Galathes, les deux épîtres aux Co1·inthienset l'épitre aux Romains. (3) AUGUSTIN, De opere Monac:horum, 27 et 33, tome VI, p. 509, sq. (Edit. Migne), (4) Luc, XU, 27. (5) Ce,unL, loc. cit., p. 263, ,

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