264 LA REVUE SOCIALISTE divine dont les intérêts se soldaient par la promesse d'une éternelle félicité. Cela n'est pas de la déclamation et je pourrais citer plus d'un écrivain orthodoxe, mais de bonne foi, à l'appui de la thèse trop évidente que je sc.,utiensici. « Le plus souyent, écrit l'autem· d'un mémoire couronné en 1852, par l'Académie française, les pères du rv• siècle insistent sur le prix et la nécessité de l'aumône. Tout occupés des secours que réclamait une misère toujom·s croissante, ils s'inquiètent moins de l'esprit dans lequel on donne que de l'abondance avec laquelle on donne, et ne cessent d'encourager l'aumône par la perspectiYe des biens célestes qui lui sont promis. L'aumône rachète les péchés et gagne le ciel; c'est cc qu'ils prêchent tous sans exception, c'est le thPme sur lequel ils rcyiennent sans cesse et qu'ils développent avec une incroyable fécondité (1). n Les inconvénients d'un pareil système ne pouYaient tarder à se faire senlir, et l'on Yit bientôt les représentants de la banque céleste utiliser les dépôts, - je veux dire les aumônes - à leur profit, comme de simples gérants d'un comptoir d'escompte. Dès le début, l'Église fit trois parts de ses« reyenus », c'est-à-dire en réalité, des dons destinés c:urtout aux pannes: une pour l'ensemble du clergé, une pour les frais du culte et la troisième pour les pamTes. Elle appliquait, comme on le voit, l'axiome connu : « charité bien ordonnée commence par soi-même ». Et il pai•ait bien que cette troisième part ne fut. même pas respectée, car dès les premiers temps aussi, « la sagesse pontificale vit le danger et le prévint. Dans une décrétale du 6 noYembre 513, le pape Symmaque interdit l'aliénation des biens ecclésiastiques, à moins qu'elle n'eût lieu en faveur des monastères et des hospices de pèlerins (2). » Malgré ces précautions, malgré les promesses faites à l'aumône, il est parfaitement certain que ce mode d'assistance se montra toujours complètement insuffisant. La décision de ce fameux deuxième concile de Tours (570),incessamment citée par les intéressés comme le premier appel fait à la charité publique, montre seulement a quel degré de misère en étaient venues des populations autrefois secourues efficacement par le mode romain de l'assistance obligatoire. Elle est intéressante, en ce qu'elle constitue, en quelque façon, le premier document auquel on puisse rattacher l'origine du domicile de secours et le principe de l'assistance communale (3). Et au fond, (i) Etienne CHASTEL, Etudes historiques sur la charité durant les premier.'! siècles chrétiens et considérations sur son rf>le dans les sociétés modernes. Ouvrage couronné par l'Académie française. Paris, 1853, in-8, p. 187. (2) A. MONNIER, Loc. cit., p. 196. (3) Chaque cité devait faire en so1·te « ut tam vicini presbyteri quam cives omnes 1mumpauperem pascant, quo flet ut ipsi pauperes civitateii alias non vageotur. •
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