DU DROIT A L'ASSISTANCE 263 non moins grave de la société moderne, a nécessitr la construcLion d'un nombre tous les jours croissant d'asiles, d'hospices et de maisons de refuge, et l'on peut dire que la quantité <leces établis:ements prouve encore moins l'étendue do la bienfaisance que l'immensité cle la misère. De fait, la prétenrlue loi d'amour et de charité, intl'ocluite par le Christianisme, n'est, en réalité, que celle de l'aumône, et le principe de l'aumône - il importe de ne pas l'oublice, - réside beaucoup moins dans la bie1weillance enrnrs le prochain que dans l'amour de Dieu. Et même, il faut bien le dire, cet amout' se réduit, en de1·nièrc analyse, à la crainte de la divinité dont il s'ag·it de se concilier les bonnes gràces, en vue de gagner le ciel et d'échapper aux éte1·nels tourments. Les commentaires de saint Jean Chrysostome sur le fameux ver et« qui donne aux pauyres prète a Dien ,~(l) ne laissent aucun doute à cet égard. Il vaut mieux arriYer devant un créancier que devant un juge, et c'est pourquoi la pénitence sans aumône est comme morte et sans ailes, « véY.pa.EaTlv li.a., h-npo; (2). » J'entends bien que l'homme n'arriYe pas moins, de cette façon, à soulager son prochain, mais il faut conyenü· que le véritable sentiment de la bienveillance se trouve un peu sacrifié et que, le cas échéant, il peut disparaître complètement (3). Le précepte en vertu duquel il faut donner mémo à son ennemi, met encore mieux en lumière ce côté faible de la doctrine sémitique. Car l'apôtre lui-même le proclame, et dans une épitre dont l'authenticité n'est contestée par personne: « Si donc ton ennemi a faim, , donne lui à manger; s'il a soif, donne lui à boire: car en faisant ainsi t.u amasseras des charbons de feu sur sa tête» (4). On ne yeut pas contester jci l'efficacité relative d'une pareille doctrine; on se contente d'en faire ressortir les inconvénients. Dès que l'Église fut constituée, dès que les diacres, les évêques et surtout les moines apparurent comme los intermédiaires indispensables de cette usure à intérèt paradisiaque, c'est ve1·s eux qu'affluèrent. les 1lonsdes fidèles. Ils deYinrent les dépositaires des richesses abandonnées par un tas de gens affolés, les employés de cette banque (1) Pro..,erbe:XLX. 17. (2) Saint-Jean CHRYSOST. De Pœnitent. Hom il. VII. \3) Je rencontrai un jour, dans un hospice de province, une vieille religieuse t1 ès bien intentionnée d'ailleurs, qui donnait chaque année deux mille francs Je sa poche pour l'entretien d'un orphelinat de 20 jeunes filles. Comme je lui fai11ais1·emal'quer,avec tous les égards dus à. son âge et à son sexe, que dans le fait, et malgré • sa charité n l'orphelinat cofitait de l'al'geat à. l'hospice, détournait le bien des pauvres de leur destination, elle s'il'l'ita tout à coup et s'écria: Ah! Si ce n'était pas pour l'amour èle Dieu! A quoi je répondi!:!que, ce que nous faisions, noue autres, c'était " pour l'amour de l'Humanité ». l4) Rüm, XII, 20.
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