La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

262 LA REVUE SOCIALISTE patrons du peuple?« Presque tous, dit-il (1), couvraient leurs projets ambitieux d'un voile de philantrophie et de popularité ». Hél~s ! cette argumentation que l'auteur a pu retrouTer déja dans certams écrits du déplorable Cicéron, cetLe ti-iste phraséologie, est celle quo nous rencontrons encore aujour<l'hui clans la bouche des écrivains et des orateurs rétrogacles, al 'adeesse des hommes de cœur et de déYoue~ ment qui prennent en main les intérêts du plus grand nombre. C'est l'éternelle calomnie précédant le coup de casse-tête des Nasica <le tous les temps. II On voit donc combien ét.ait protonde l'erreur de Foclé1·é,écri-vant aT0Cautant d'ignorance que de sincé1·ité: « C'est une vérité positiH que tous les hommes de bonne foi doivent s'empresser <le publier, que les secours pour les malheureux ne datent que do l'établissement du Christianisme (2). » On aurait pu supposer a priori que la race a laquelle le monde doit vé1·itablement le concept de la justice et celui de la bienveillance, n'ayait nul besoin, a cet. égard, de la propagande sémitique. La Térité est que si les hôpitaux, pm· exemple, étaient moins nombreux dans l'antiquité que de nos jours, cela tient, non pas a ce que la bienfaisance était moins grande, mais à ce que la· misère était plus rare. L'esclavage les rendait aussi moins indispensables, les esclayes receTant les soins en cas de maladie, dans la maison du maître (3); le prolétariat, cette plaie (1) J. NAUDET, Des secours publics chez les Romains, in i\lémoires de l'fnstitut, académie des Inscriptions et Belles-lettres, tome Xlll, 18 i8, p. 55 ..57. (2) FooÉRÉ, Essai historique et moral sur la pauvreté des nations, la population, la mendicité, les hôpitaux et les enfants trouvés, Paris, 1875, p. 421. (3) Une loi très cu1·ieuse de l'empereur Claude, rendait la liberté à l'escla\'e malade que son maitre avait chez lui ou avait négligé de placer dans un hospice (xenonem). « Sed scimus etiam hoc esse in antiquà latinitate ex edicto di•,i Claudii introductum, quod, si quis servum suum œgritudine periclit1:1ntem sua domo publice ejecerit, neque ipse eum procurans, neque alii eum commendans, cum erat ei libera facultas, si non ipse an ejus curam :mfficeret, in xenonem eum rnittere, vel quo poterat modo eum adjuvare, hujusmodi servus in libertate latina antea morabatur, » etc. (Cod. lustinian, lib. VII. Tit. VI. De libertate latine tollenda, etc.) • L'auteur d'un travail, intéressant à d'autres égards, sur l'histoire des institutions charitables en Belgique, se donne donc un mal bien inutile en nous faisant savoil· que vers 400, à Rome, Pannachus fonda un hospitale el Fabiola un nosooomium. Ce n'étaient là que des variétés du xeno ou Xenoàochium existant déjà, comma on le voit, trois cents au moins avant ces pieux fondateurs. Voyez D• P .-M. Alberdingk Thiym : De gestichteu van Liefdadigheit in Belgie, van Karel den groote tolaan de XNI eeuw, in Mémoires couronn~s et mémoires des savants êtrange1·s, publiés par l'Académie royale des Sciences, des Lettres et des Beaux-Arts de Belgique, tome XLV. IJruxelles, 1883, io-4u.

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