La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

DU DROIT A L'ASSISTANCE 261 chose essentielle, « du pain », et de cette autre chose qui ne l'est pas moins dans une Yie complète, « du plaisir »? Car il ne faut pas s·y tromper - et presque tout le monde s'y est trompé - ces distribut.ions gratuites que le déclamatem JnYénal, ce Tertullien sans excuse et ce Rousseau ayant la lettre, a sottement flétries, n'étaient que le résultat de l'application, ~ous l'empire, <le la loi éminement sociale promu lp:uée pat· les Gracques; avec cette différence, pourtant, que le nombl'e des citoyens proÎltant do ces distributions, et qui s'élevait à 3~0,000 à la fin de la République, fut réduit par César à 150,000 et ne dépassa jamais 200,000 sous les empereurs. uivants (1). Tel était le caractère de cette di ti·ibution de Yivres, présentée jusqu'ici sous les couleurs les plus fausses par dos écl'i-vains intéressés à calomnier toutes les institutions ,le ce genre, n'ayant pas une origine sémitique. On est surpris de Yoir un homme aussi compétent que M. Gaston Boissier, et ù'o1·dinaire beaucoup mieux. inspiré, répéter après tout :e monde« qu'en donnant rlu pain a la populace de Rome, les empereues n'avaient cl'autt-e désir que de la maintenir dans l'obéissance ». l\Iais cela démonti·e ~implement la puissance du préjugé hérédit.aire renforcé pat· l't>clucationde l'universiié. Car plus Join. en pal'lant des « institutions alimentaires » de Nerva et de Trajan en faveur des enfants des familles pauvres de Rome et de l'Italie, le même auteur ajoute, rendant cottq fois hommage à la véeité: « A Rome, l'institution nom·clle ne fit que s'ajouter à celles qui existaient déja; le ca<lreétait tracé depuis les Gracques, il y avait des précédents et des modèles et l'on n'eut besoin de rien innover. Aux. deux cent mille citoyens qui vivaient du blé de l'Etat, on se contenta d'adjoindre cinq mille enfants aux.quels on accorda la même faveur (2). » Sans cloute, je ne demande pas mieux que de reconnaître ayec Naudet, combien le sénat romain se souciait peu d'améliorer le sort des plébéiens; je conviens ayec lui que cette dure aristocratie ne ût qu'obéir à la ~écessité, en vue de détourner le péril présent. Mais de quel droit met-il en cloute la sincérité et le zèle de ceux qui se déclaraient les (1) La première loi frumentaire fut promulguée sous le tribunat de Ca ius Gracchus, l'an de Rom1:,621. Abolies par Sylla, le sanguinaire champion de l'aristocratie, elles furent rétablies par la Lex Terentia et Cassia, en 681. Les 1listributions avaient lieu pa1· la Cura annona,par les soins de l'administration de l'annone. d. Cicer, De offic. 2, 21, 72. - Dio Cass .. 38, 13; 39, 24 et 76, 1. - Sueton. August. 40; Caesar, 41 et 45. - Pour plus de détails, voyez Mommsen et Maéquardt, Rômisch. Alie'rthum., tome Vil, p. 144. (2) Gaston B01ss1ER, La Religion romaine d'Auguste aux Antonins. Paris, 1884, 3• édit., tome Il, p. 187,

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