La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

260 LA REVUE SOCIALISTE Aristote, qu'on l'entende bien, n'exprimait pas là une simple vue de l'esprit; nulle part et en aucun temps, cet.te maxime de justice et de moralité publique ne fut plus largement. appliquée qu'a Athènes, pendant les quatre ou cinq siècles antérieurs à l'ère chrétienne.Non seulement on prenait soin d'éleYer les enfants des guerriers morts pour la patrie, non seulement des secours étaient distribués a ceux que leurs infirmités rendaient incapables de t.ra-railler (1), mais, - ce qui valait encore infiniment mieux, en dépit des critiques intéressées du réactionnaire Aristophane - tous les citoyens recevaient le triobole, en dédommagement du temps qu'ils passaient chaque joue a l'Ecclesia. Et lorsque Périclès eut établi, par une inspiration de génie, les dikasteries si niaisement plaisantées par le même Aristophane et qui ne sont pas autre chose que cette institut.ion clu jury dont les modernes s'attribuent à tort l 'im·ention, les trois oboles données aux citoyens appelés à siéger en si grantl nombre furent encore une de ces mesures sociales excellentes, de nature à préYenir de la façon la plus efficace, le déYeloppernent du paupérisme (2). Cela est si ,-rai, que plus tard Isocrate put dire : « ll n'y a personne qui soit assez pauvre pour faire honte a l'État par la mendicité (3). >) Unauteur qui n'est pas suspect de partialité pour nos ancêtre Aryens, a calculé que les citoyens d'Athènes recevaient en moyenne plus de 250francs'.par tête et par an, ce qui correspond à em·iron 1000francs de la valeur actuelle (4). A Rome, l'Assistance publique n'était guère moins efficace, bien que la notion en ait été singulièrement obscurcie par les Pères de l'Église, - copiés par tous les écri-rains postérieurs s'empressant, les uns et les autres, d'exploiter sans -rergogne le Panem et circenses de Juvénal. Combien de gens encore aujourd'hui, font làdessus des gorges chaudes, sans se douter de l'énormité de leurs plaisanteries et de l'inconYenance de leur dédain! Panem et circenses ! de quoi vivre et de quoi se distraire; - mais c'est bien quelque chose dans la vie. Et tous ces satiriques de rencontre qui, le ventre bien repu et a-rant d'aller au spectacle, fulminent de vertueux anathèmes contre le peuple romain qui n'en peut mais, se sont-ils jamais dit que cette plèbe qui les entoure aujourd"hui et les épouvante par ses justes réclamations, manque précisément de cette (1) LYSIAS, advers. delat. Cl. BARTHÉLEMY, in Voyage du jeune ~4narcharsis, cbap. xx et BoECKH, Economie politique des Athéniens (Liv. II, chap. x vu : Secours donnés aux nécessiteux). (2) Cf. GROTE, Histoire de Grèce. (3) IsoCRAT. A,.-eop., 38. (4) A. MONNIER, Histoire de l'Assistance publique dans les temps anciens et modernes, Paris, 1866, 3• éd:t., p. 148.

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