DU DROIT A L'ASSISTANCE 259 à augmenter leurs jouissances et à diminuer la peine nécessaire pour les acquérir, les lois de la concurrence et de la progression des valeurs y joignent un stimulant irrésistible en condamnant à périr, c'est-à-dire en infligeant le maximum de la peine à ceux qui s'attardent sur la route du progrès. Certes, ce procédé que la nattire em- ' ploie pour obliger l'homme à perfectionner son industrie est brutal; il inflige aux individualités les moins cultivées et les moins industrieuses une pénalité cruelle; mais la nature ne considère que l'intérêt particulier et temporaire de l'individu tout en donnant à chacun la possibilité de concourir et de rem porter le prix de la lutte (1). » Sans m'appesantir sur la possibilité, pour un misérable mineur, de remporter le prix dans la lutte contre un millionnaire, ou sur les torts d'un travailleur quelconque, assez rétrograde pour « s'attarder sur la route du progrès », et: subissant pour cela le maximum de la peine, c'est-à-ùire la mort, - je ferai simplement remarquer combien la grande rloctrine de l·Évolution - la seule admissible, d'ailleurs, en face de celle de la Création, - combien, dis-je, cette doctrine est ici mal comprise, soumise de fait à l'interpeétation la plus raùicalement fausse. Qu'à l'aurore de l'Humanité, aurore funèbre et sanglante, les choses se soient passées ainsi, cela ne me paraît pas douteux.. Mais qu'aujourd'hui, après des siècles de culturè, alors que la conscience de la justice et du droit s'est éveillée chei les civilisés, on vienne nous donner comme le dernier mot de la« morale économique», une théorie qui aurait fait rougir l'homme des cavernes, si l'on avait pu la lui expliquer, voilà qui passe les bornes de l'erreur ou du sophisme possibles. C'est sur de pareilles données qu'est établie cette fameuse théorie du laissPZfaire et laissez passer, dont les promoteurs consentent cependant, - par une inconséquence dont il faut leur savoir gré - à mitiger les effets nécessaires, en soulageant par la charité, c'està-dire par la bienveillance arbitraire et limitée, les malheureux que les « lois de la concurrence et de la progression des valeurs » condamnent à la misère et à la mort. En face de cette théorie des individualistes, se dresse la doctrine sociale de ceux qui pensent, qu'avec l'organisation de l'État, - terme définitif et nécessaire de l'évolution humaine, -- est né pour la collectivité le devoir d'assurer l'existence de tous les membres qui la composent.. « L'État doit à tous les citoyens une subsistance assurée (2), » disait Montesquieu, reproduisant sur ce point encore la formule même de l'immortel auteur de la Politi'que. Il faut que 1 chacun des membres de l'État soit a~suré de sa subsistance (3). » (1) G. DE MoLlNARI, La morale économique, p. 12. Pa1'i~, 1888. (2) MONTESQUIEU, Esprit des Lois, liv. XXIII, 29. (3) ARISTOTE : Politique, V. 1.
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==