La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

!?52 LA nEVUE SOCIALISTE Sa famille habitait Chàtillon-sur-Seine. Né en 18H, il eut tous les avantages d'une brillante et romplète éducation; il fit d'excellentes études classiques, dont la marque se retrouve pour ainsi dire à chaque page de ses œuvres. Reçu licencié en droit, il ne tarda pas à faire connaissance avec Blanqui, rencontrant ainsi sur son chemin, pou1· son plus grand bénéfice, l'influence nécessaire d'un maitre vénéré, qui devait donner un but à ses aspirations et à ses t1·avaux. « En 1864,à 23 ans,il donnait dans le Juurnal des Ecoles la remarquable étude qui, du premier coup, le plaçait au premier rang. Avec les Propos de Labiénus de Rogeard, les Hébertistes de Tridon suffiraient à illustrer cette période inou - bliable pour le quartier Latin où les publications d'une jeunesse enthousiaste rappelaient la nation à la vie et à la liberté. Mais 11s'agissait i0i d'autre chose que d'une simple déclaration de guerre au despotisme; c'était l'exposé de toute une doctrine politique et sociale, une ardente et admirable revendication en faveur de la Commune de 93, personnification même du peuple parisien et qui, pour la première fois dans les temps modernes. avait su mettre la Force au service du Droit. Là se trouvait établie, sut· des bases inébranlables, la vraie philosophie de l'histoire de la Révolution; l'avortement partiel de cette grande crise qui a ouvert, de fait, l'ère de la rénovation sociale, doit être attribué beaucoup moins à la lutte de personnalités jalouses s'exterminant lell unes les autre, qu'à la cruauté froide et systématique du déiste< incorruptible> qui, faisant passer la Force du service du Droit à celui de l'Ètre suprême, égorgea la CommnnP. de Paris, les Herbertistes et Danton avec eux.Je ne puis insister ici sur l'importance de cette œuvre de 48 pages; il me suffira, pour manifester mon sentiment à cet égard, de rappeler que dans l'énumération dP.s dix ou douze ouvrages indiqués ailleurs par moi, comme indispensables pour la formation d'une Bibliothèque matérialiste et socialiste (section de la politique scientifique), j'ai placé les Héberti:;tes de Tl'idon à coté de la Politique d'Aristote, du Capital cle Karl Marx, de la Quintessence du socialisme de Scbaeffle et de 1~ Réuolution française de Pierre Laffite. < En mai i865, Tridon fondait avec Blanqui le journal le Candide, précurseur de la Libre-Pensée de 1866, où le matérialisme et la haine de l'Ètre suprême étaient posés comme formant le préliminaire indispensable des théories socialistes et de l'émancipation du prolétariat. Les huit numéros parus lui valurent six mois de p1·ison. C'est le 1er novembre de la même année qu'il prit une part prépondérante, non pas au congrès de Genève, - comme le rapporte le Dictionnaii-e Larousse, ordinairement mieux renseigné, - mais à ce congrès de Liège qui eut alors un si grand retentissement. Lt.!s principes de la Rév"lution sociale, avec la science comme base, et la Commune de Paris comme moyeu, furent posés et défendus à ce congrés avec une énergie et une fermeté de vues dont, depuis longtemps, on n'avait pas eu, d'exemple. < L'Empire, dénoncé par l'élite <le la jeunesse des Ecoles p1·ésente à ce Congrès, se vengea en brisant la carrière scientifique des Etudiants sur le8quels le Conseil supé1·ieur de l'Instruction µublique avait la haute main. c Quant aux autres, on les traqua impitoyablement et il ne fut pas difficile à la police d'arrêter la plupart d'entre eux à propos de la soi-disant conspiration du c Café de la Renaissance >. Tridon fut condamné à quinze m~is d'emprisonnement qui, ajoutés aux pt·écédents et sans préjudice des mois cle prévention, :firent de lui pour plus <ledeux ans, l'hôte de Sainte-Pélagie. c Certains hommes, solidement organisés, peuvent supporter impunément et pendant de longues années le séjour de la prison. Tridon, par malheur, n'était pas de ceux-là; d'une santé toujours chancelante, il avait un besoin absolu d'air et de soleil; quand il recouvra la liberté, il était frappé à mort et ne devait plus trainer qu'une vie languissante, encore abrégée par l'a1·<leurqui le

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