La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

REVUE DES L!Vf\ES 251 REVUEDES 11.VRES La Force, par Gustave Tridon, librairie de la Revue socialiste, prix ::10centimes. Cette brève mais superbe étude révolutionnaire a déjà été publiée par la Revue. A la demande d'un grand nombre d'amis que la puissance de pensée et l'éclat de style du futur membre de la Commune qui, à 24 ans, burinait des pages d'une si magnifique allure avait frappé, l'administration de notre recueil a publié la Force eu brochure. Le texte de Tridon est précédé d'une instructive et forte préface d'Albert Regnard, l'ancien coréligiounaire de Tridon et son émule en exégèse anti-chrétienne et révolutionnaire. Nous ne saurions mieux présenter la Force qu'en donnant ici la primeur de la belle notice consacrée par l'auteur de l'Etat èt d' Aryens et Semites à l'auteur des Héberlites et du Molochisme juif: « La Direction de la Revue socialiste, ayant décidé de faire tirer à part lo:1 pages inédites sur La Fo1·ce, qu'elle a eu la bonne fortune de publier dans le numéro de janvie1·, mon ami Benoit Malon a bien voulu me confier le soin de présente,· Gustave Tridon au public : honneur dont je sens tout le prix et que je dois surtout, d'ailleurs, à l'amitié et à la communauté de vues et de sentiments qui m'ont lié autrefois à l'auteur de cette magistrale étude. < Près de vingt ans déjà écoulés depuis la fin tragique de l'auteur des Hébertistes, reudeut nécessaire une pareille présentation. Car si, d'après l'historien rnmain, quinze ans méme sont un espace considérable de la vie humaine, combien cela est plus vrai encore lorsque d'inte1·minables vicissitudes et l'anxiété d'une situation constamment suspendue au fil d'araignée de la politique contemporaine, semblent paralyser la marche du temps et font paraitre les jours comme des mois et les années comme des siècles. Certes, pour ceux qui ayant atteint les sommets de la vie commencent à descendre l'autre versant, ces choses de Soixante-et-onze semblent d'hier; mais il faut songer aux générations nouvelles qui de plus en plus constituent le pays ; il faut - tout en .les excusant - rappeler à leur souvenir les héros trop oubliés qui ont semé pou1·elles sans rien récolter pour eux-mêmes. « Gustave Tridon appartient à cette forte race bourguignonne qui a enrichi la France de tant d'hommes illustres. Le pays des Burgondes fameux encore pa.1·ces vins qui ont méi·ité, entre tous, la noble épithète de « généreux >, a produit en affet et comme à profusion les génies les plus divers et les caractères les plus fortement trempés. Le fanatisme d'un Saint-Beru:ud et d'un Bossuet ne saurait nous faire méconnaître l'indomptable vigueur du premier et l'éloquence démosthénieune du second; sans parler des Buffon, des Rameau, et des de Brosses ou des Daubenton, qui ne connaît le rôle décisif du Carnot des grands jours - j'entends de ces jours immortalisés sur l'Arc de !'Etoile dans le départ de Quatre-vingt-treize, par le ciseau de cet autre Bourguignon, François Rude? Aux yeux de quiconque a su lire et apprécier les pages trop rares de Tridon, il apparait clairement que ce jeune homme ne serait pas resté au-dessous de ses illustres compat-riotes, si la dure fatalité et le malheur des tempis ne lui avaient infligé une mort aussi prématurée,

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