LA REVUE SOCIALISTE lisation de la rente sigmfierait socialisation de la propriété, terre et capital, au moyen de l'expropriation des présents propriétaires individuels et le transfert de leur propriété a la nation entière. Ce transfert donc constitue la transition qui mène au socialisme, transition qui a commencé il y a environ quarante-cinq ans, autant qu'on peut dire qu'une phase quelconque d'évolution sociale e-0mmence a un moment précis. • On voit tout clesuite que les objections contre le socialisme consistent entièrement en difficultés pratiques. Considé1·ésous le rapport de la justice abstraite, le socialisme est non-seulement inattaquable mais religieusement impératif. Je crains que la classe moyenne ordinaire ne considère le socialisme comme une mesure éYidemment déshonnète, qu'on établirait en un clin d'œil: demain, ayec le secom·s de la guillotine, sîl n'y avait pas de police et si le peuple était assez pervers. Pour dire la vérité. le socialisme est aussi honnête qu'inéYitable; mais toutes les plèbes et toutes les guillotines du monde ne pem·ent pas plus l'établir que sir Charles Warren ne peut s'y opposer. La première et la plus grande :difficulté pratique consiste dans l'idée d'un peuple entier possédant col· lecfrrnment le sol, le capital ou toute autre chose. Voici d'un côté la 1·enteprovenant de l'industrie du peuple; voila de rautre les poches des propriétaires individuels. Le problème est de déposer cette rente, non dans les poches individuelles, mais dans la poche du peuple. Très bien, mais où est la poche du peuple? Qui est le peuple? Qu'est-ce que le peuple? Où est le peuple? Nous connaissons Pierre, et aussi Paul et Jean; mais isolément et sJparément, à titre d'individus. Comme trinité ou collectivement, ils n'ont pas d'existence. Qui est leur fidéi-commissaire, leur curateur, leur homme d'affaires, leur gérant, leur secrétaire? Au seuil de l'action pratique, le socialiste est arrêté, court par cette difficulté jusqu'à. ce qu'il se figure l'Etat comme le 1·eprésentant et le cm·at.eur du peuple. Et maintenant considérez un peu les gouvernements qui s'intitulaient l'Etat a l'époque de Ricardo, gouvernements consistant en riches propl'iétaires, 1·emplissantles commissions exécutives des ci-èatures de leur patronage et de leur favoritisme; regal'dez dessous leurs discussions parlementaires oratoires, conduites aYec toute la splendeur et le décorum d'une petite guerre dispendieuse; considérez leurs intérèts de classe, leur corruption éhontée, le gâchis et la maladministration qui ont déshonoré tous leurs essais maladroits pour opérer un travail pratique de n'importe quelle sorte, et vous comprendrez alors pourquoi Ricardo, bien qu'il voyait clairement les conséquences économiques de l'appropriation individuelle de la rente, n'a jamais songé à l'appropriation par l'Etat comme l'alternative possible. Le
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