LE CHEMIN A PARCOURIR 2l9 l'accumulation individuelle des richesses, et pour l'abolition de toutes les fonctions de l'État excepté celles qui consistent à réprimer les violences et les atteintes à la propriété. Elle aurait pu se faire l'écho· de cette exclamation de Jack Cade « Nous ne sommes dans l'ordre que lorsque nous sommes dans le plus grand désordre. » Bien que ceci fut ce que disait l'économie politique, on ne doit pas en inférer que les économistes éminents étaient plus en faveur de la licence pure et simple que ne le sont. Pierre Kropotkine, Herbert·spencer, ou Benjamin Tucker, de Boston, ils croyaient que la nature avait fait de la concurrence un régulateur automatique tout puissant, et que, par son opération, l'intél'êt égoïste fei·ait l'ordre dans le chaos, si seulement on le laissait agir. Ils aimaient à croire qu'un ordre social bon et juste n'était pas un édifice légal•artificiel et péniblement maintenu, mais un produit spontané du libre jeu des forces de la nature. Ils réagissaient contre la domination féodale, l'ingérence moyen-âge et l'intolérance ecclésiastique; et ils purent. montrer comment ces trois causes avaient about.ià un honteux insuccès, à la corruption et à l'absurdité. Indignés de voir le paysan se débattre contre le déni de ces droits àe propriété que son seigneur féodal avait usurpés avec succès, ils affirmaient énergiquement le droit de propriété privée pour tous. Et tandis qu'ils étaient éblouis par l'impulsion prodigieuse donnée à la production, grâce à la révolution industrielle, fruit de la concurrence individuelle, ils étaient en même temps, par manque de statistiques, si optimistement ignorants de la condition des masses, que nous voyons David Hume, en 1776, écrire à Turgot qu' « il.n'y a pas d'homme si laborieux qui ne puisse faire quelques heures de plus par semaine, et qu'il n'est presque personne d'assez pauvre qui ne puisse retrancher quelque chose à ses dépenses. » La lecture des économistes individuels laisse l'étudiant ignorant de ce fait, à savoir que 1e prolétariat anglais était plongé dans l "horreur et la dégradation, tandis que les richesses de de ses maîtres s'accroissaient scandaleusement. Leur ignorance de l'histoire ne rendait cependant pas les économistes incapables de s'adonner au travail abstrait de l'économie politique scientifique. Toutes leurs institutions et leurs doctrines les plus chères succombèrent une à une sous leur analyse des lois de la production et de l'échange. Avecune loi seulement, la loi ricardienne de la rente économique, ils détruisirent toute la ,série des suppositions sur lesquelles est basée la propriété individuelle. La notion primitive que, parmi des concm:rents libres, la richesse irait aux laborieux et la pauvreté serait la punition juste et naturelle des paresseux et des imprévoyants se trouva être aussi illusoire que l'aplatissement apparent de la terre. Il y avait une masse énorme de riche·sse appelée rent~ économique, s'accroissant avec la popula-
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