LE CHEMIN A PARCOURIR 217 Cet ordre social,.dont on trouve encore des restes dans toutes les directions, n'est pàs tombé parce qu'il était injuste ou absm·rle; il s'e t brisé par suite de la croissance de l'organisme social. Son inécanisme était trop primitif et son administration trop naïve, trop personnelle, trop tracassière, pour pouvoir lutter avec un état de choses plus complexe qu'un groupe de communes, industriellement indépendantes et très peu centralisées même en vue de desseins purement politiques. Les relations industrielles avec d'autres contrées étaient au-delà de sa compréhension. Sa conception des obli~ gations morales intercommunales n'était pas bien claire, et quant à la moralité internationale, cet ordre social n'en ayait nullement · aucune notion. Ùn Français ou un Ecossais était un ennemi naturel; un Russe était un démon étranger. La parentè d'un nègre ayec la race humaine était bien plus éloignée que celle qu'on accorde au gorille. Aussi, loPsque la découverte du Nouveau Monde commença cette révolution économique qui a transformé chaque ville manufacturière en une simple baraque de la foire du monde et changea entièrement lPs intentions et les vues immédiates des producteurs, les aventuriers anglais prirent la mer dans une disposition d'esprit particulièrement favorable au succès commercial. Ils étaient pieux Rans affectation et avaient la force de caractère qui n'est possible que chez des hommes ayant de fortes convictions. En même temps, ils r~gardaient la piraterie comme une carrière éminemment patriotique et le commerce d'esclaves comme parfaitement honnête, assez aventureux pour flatter l'honneur d'un gentleman et assez lucratif pour lui en faire courir les risques. Quand ils volaient la cargaison d'un vaisseau étranger ou eéalisaient un beau bénéfl~o sur une cargaison d'esclaves, ils fogardaient leur succès comme une preuve directe de la protection diYine. Les détenteurs de la richesse accumulée se hâtèrent <lerisquer leur capital avec ces hommes. Les personnes les plus riches, et jusqu'à. la reine Elisabeth, embarquèrent leur argent dans les Yoyagesde ces marchands aventuriers, et ainsi furent fondées la grandeur industrielle et la honte industrielle· des xvrn• et x1x• siècles. Et il est. cuPieux de constater eneore, dans les marchands avent_uriers de notre époque, la même combinaison incroyable de piété et de rectitude avec la sélératesse la moins scrn• puleuse et la plus révoltante. Tout le monde connaît les princes du commerce avec leurs facultés entreprenantes, leur persévérance obstinée, lem' haut honneur personnel, leurs relations familiales sans tache, leurs grands dons charitables, leurs subventions libéràles aux institutions publiques, toutes choses qui les font considérer comme des colonnes de la société; mais nous savons aussi que leur Pichessen'en est pas moins le produit de !'.exploitationdu travail des femmes et des enfants, exploitation tellement rapace et meurtrière
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