La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉTIENNE DOLET 17 A l'occasion du baptême de son fils, il composa une pièce de vers latins qui servit d'occasion à Calvin pour l'accuser de blasphème. Il n'y parlait pas cle Jésus-Chrü;t et de ses ministres : cette omission était chose grave. Il parlait d'un Dieu et non des trois personnes, ce qui, paraît-il, n'était pas moins grave. C'est à ce moment très court qu'il y a eu dans la vie de Dolet, un peu de bonheur. Tout en s'occupant sérieusement de son imprimerie, il composait encore clepetits ouvrages lat,ins ou français, en vers ou en prose. Il s'acquittait au moins en partie de la promesse qu'il avait faite à François rer, d'écrire« en style élégant, élevé, l'histoire de son temps 11. Enfin, il était heureux de sa vie de famille, de la naissance de son fils Claude. Ce bonheur fut interrompu par Fr. Floridus Sabinus qui réveilla la querelle des cicéroniens. Scaliger s'était adonné aux. plus violents mom·ements de sa colère contre Erasme dans sa seconde harangue, en 1537, un an après la mort d'Erasme. Dolet était injurié à l'égal de ce savant. Scaliger l'appelait le « chancre des muses » et l'accusait d'athéisme. En 1539, Sabinus rompit le silence et clans ses Subci(zcorum libi t1·es, il accumula tant d'injures contre Dolet que son intention parut n'ayoir été que de le rendre odieux (1). Entre autres aménités, Sabinus disait à Dolet qu'il était un flatteur, un gourmand, un impie. Dolet répondit vigoureusement dans un opuscule intitulé De Imitatione ci·ceroniana adversus Floridum Sabinum (1540). Il repousse avec acrimonie toutes les calomnies et les horreurs dont Sabinus l'accusait. Après cet orage, il y eut une nouYelleaccalmie. Pendant deux ans, Dolet se montra plus prudent que d'habitude et ne fit paraître aucun ouvrage suspect ; mais en 1542, il publia le Nouveau Testament en Français, la traduction des Psaumes et des Cantiques, faite peutêtre par Dolet lui-même, le Bref discours de la République Françoyse désirant la lecture des livres de la Sainte Escripture luy est,.e loysible en sa langue vulgaire; - le Manuel du chevalier chrestien, d'Érasme, l'ennemi des bigots, traduit par Louis Berquin, brûlé comme hérétique; - le Vray moyen de bien et catholiquement se confesser, etc., autant d'ouvrages contenant de« damnables et pernicieuses hérésies », Les nombreux ennemis de Dolet et parmi eux les libraires de Lyon, que ses succès mêmes exaspéraient, veillaient sans cesse, et, grâce à ses imprudences, attirèrent sur lui une nouvelle catastrophe. Les maîtres imprimeurs et les libraires de Lyon ne lui avaient (1) Née de la Rochelle, Zoe. cit., p. 41. 2

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