16 LA. REVUE SOCIALISTE En dépit de la protection du roi, dès son arrivée, Dolet fut obligé, par ordre du Parlement, de se rendre en prison : c'était la seconde fois. Il n'en sortit qu'après avoir adressé plusieurs requêtes au carùinal de Tournon, « régent du royaume », pendant que François 1°r marchait à la tête de ses armées. Son emprisonnement avait duré deux mois enYiron. A sa sortie de prison, il acheva de faire imprimer chez Gryphe le second volume ùe ses r:ommentaires sur la langue latine qui parut en 1538. Depuis un an (6 mars 1537), Dolet avait obtenu, ainsi que nous l'avons vu, un privilège royal lui permettant d'imprimer ou de faire imprimer pendant dix ans « tous les livres par luy composez et traduits et aultres œuyres des auteurs modernes et antiques ». Voici comment il entendait exercer son nouveau métier : « J'augmenterai de toutes mes forces les richesses littéraires, disait Dolet (1), et j'ai résolu de m'attacher non seulement les mâ.nes sacrées des anciens, en imprimant avec exactitude leurs ouvrnges et d'accorder mon travail et mon industrie aux écrits de mes contempornins; mais autant j'accueillerai les ouvrages des auteurs classiques, autant je dédaignerai les livres froids et mal digérés de quelques écrivailleurs qui font la honte de leur siècle. Ainsi donc, je ne donnerai mes soins qu'aux écrits des auteurs savants et dignes de ce nom, soit qu'ils soient morts ou qu'ils vivent. » Dolet tint en effet sa parole, suivant Née de la Rochelle lui-même, auteur et libraire, et presque tous les ouyrages que sa presse fit éclore proyiennent d'auteurs estimables et considérés (2). En 1538, Dolet publia une seconde édition des œuvres de son ami Clément Marot, de Cahors, ·rnlet de chambre du roy, et une brochure de 30 pages, intitulée Cato Christi'anus, en réponse au cardinal Saclolet qui lui reprochait. de ne jamais parler de religion clans ses lines. Cette même année, Dolet se maria, ce dont quelques-uns le blâmèrent, parce que son mariage pouYait détruire ou reculer les espérances de fortune que ses talents auraient réalisés. L'année suivante, il devint père d'un fils que l'on nomma Claude, du nom de son parrain, Claude Cottereau (3). (1) Voir sa lettre " au devant de l'ouvrage de Claude Cotterea11, de Jure militiœ, Lugduni, apud Doletnm, 1539, in-fol. (2) Née de la Rochelle, loc. cit., p. 213. (3) A c~ p_ropos, l!olet publ!a d'abord en latin, puis en français, un petit opuscule mbtulé : L auant-naissance de Claude Dolet, "filsde Estienne Dolet : premi~rement composée en l~tin par le père, et maintenant par ung sien amy, traduicte en langue Françoise, Œuvre très utile et nécessaire à la vie commune; contenant_ comme l'~omme se doibt gou.uerner en ce monde. (Marque sans bordure, mais avecb.dev1se).A Lyon, chez Estienne Dolet, M. D. XXXIX Avec privileige pou1·dix ans. •
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