La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉTIENNE DOLET 15 naù;sait l'accusation, avec une défense contre sou délateur adressée à Baïf lui-même. Il reconnaît quo, lorsqu'il a fait des 1·ocherchessur les noms et les parties des vaisseaux, il en a expliqué plusieut'S en se servant ,les propres mots de Baïf ou de tel'mes approchant. Est-ce là un vol? « Non, dit-il, a moins qu'on ne veuille accuser de pareil crime, Budé, Erasme, et.c., cai· tous ceux qui composent dos commentaires et tle::illictionmtü•es un 4.ui t.t·aduis01ltquelque ouv1·age, ne tirant presque rie11d'eux-mèmes, sont forcés d'empru11tot·tout des autres ~. 'l'outefois Dolet eut le tort, dans sa défense, de se laisser emporter par la colère j car, ainsi qu'il l'a t'econnu lui-même, Chal'lesBstienne était un homme docte, tliligent, érudit. Qu'il nous soit permis cependant de faire remarquee que Chai·les Estienne avait été l'agresseur. Ici se placé un éyénement g1•ayequi fournit un uouveau moyen d'action aux ennemis de Dolet. Le 31 décembre 1536, Dolet, en cas de légitime cléfense, tuo un peintre, du nom de Helll'iG·uillot, dit Compaing, son ennemi mortel. Une accusation capitale fut lancée contre Dolet. Il prévint son arrestation et se rendit en toute h,He à Paris auprès <leses amis et de ses protecteul's, espérant par leur intel'médiaire obtenil' sa grâce. Dans le but de faciliter leur tàche, il adeessa à François rer une pièce de vers latins où il exposa sa malheureuse aventure de la façon la plus pathétique. Lo roi lui accor<la sa protection et lui donna l'ordre de retourner à Lyon. Pour célébrer l'heureuse issue de cette maleucontreuse et triste aventure, les amis de Dolet déci<lèrent de lui offrir uu banquet dont il nous a laissé lui-même la narration. « Le jour du banquet, qu'une docte réunion d'amis prôparait pour moi, arriva bientôt. On vit là réunis tous ceux que nous appelo!ls, à bon droit, les lumières de la France : Budé, si réputé pour sa science variée et étendue; Berauld, aussi heureusement doué par la nature qu'habile dans la composition latine ; Danès, qui se distingue par sa culture générale ; Toussaint, qui passe à sijuste titre pour une bibliothèque parlante; Macrin, à qui Apollon a donné le don de tous les genres poétiques ; Bourbon, également tl'ès habile en poésie ; Dampierre; Marot, ce Marot Français, qui montre une vigueur divine dans ses vers ; François Rabelais, l'honneur et la gloire de l'art, de la médecine, qui peut rappeler et rendre à la vie ceux qui sont déjà arrivés au seuil même de Pluton. « !-'arroi ces gens, la conversation ne languit pas. Nous passâmes en revue les savants étrangers : Erasme, Mélanchton, Bembo, Sadolet, Vida, Sannazar furent tour à tour discutés et loués. « Le lendemain matin, au point du jour, jE! quittai Paris, et je me rendis aussi rapidement que possible à Lyon. Ma route traversait le pays qu'arrose la Seine, là où les armures de César ont si souvent ébloui les yeux de ses troupes invincibles. Enfin, j'arrivai à l'endroit où la Saône partage la ville de Lyon, »

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