POLÉMIQUE COLLECTIVISTE 197 ment l'opposé de ce qu'elle est en réalité; et cette idée bien ancrée dans votre cerveau, que l'évolution naturelle, est conforme à vos désirs, vous allez jusqu'à repousser l îdée de révolutic,n qui est l'intervention réfléchie et intelligente des hommes pour hàter le dénouement d'une évolution naturelle, en mettant même au besoin la force au service des idées nouvelles et non pas, comme vous le qualifiez, l'intervention violente d'une volonté supérieure et extérieure à la société. Et vous vous dites révolutionnaires! Hélas! vos maximes et votre méthode sont empruntées au code des économistes bourgeois, qui eux aussi ne veulent pas l'intervention des hommes dans le jeu aveugle des lois économiques, et se rient des efforts spontanés et collectifs des travailleurs pour hâter l'époque des modifications nécessaires; laissez faire, la1:ssezpasser. Vous pensez que la Société a le droit de maintenir la propriété foncière individuelle du sol et de s'oppo.er à sa rentrée a la propriété collective. Au nom de quelle société parlez-vous? Et si elle en a le droit, en en a-t-elle le pouvoir? Si à un moment donné elle peut intenenir révolutionnairement pour régler ses affaires et faire d'un seul coup un grand pas en avant vers ses destinées naturelles, peut-elle pour cela intervertir l'ordre naturel des choses? La société n'a qu'un droit, c'est de se conformer à ses propres lois, aux lois de son développement historique; hâter ou retarder les tendances naturelles que suivent les faits, en modifiant dans un sens ou dans un autre certaines institutions, tel est le pouvoir de l'ensemble des hommes qui composent la société à un moment donné, pouvoir auquel chacun participe dans une certaine mesure suivant son influence plus ou moins grande sur ses contemporains. Quand les proudhon• niens anti-collectivistes nous auront prouvé que leur propriété individuelle sans. la rente soit au profit d'individus, soit au profit de la société tout entière, que leur nivellement de la rente foncière, • est un phénomène observable; quand ils auront étudié et classé les rapports de cette force que nous n'avons pas jusqu'ici rencontrée parmi les phénomènes propriétaires; quand ils auront classé et généralisé ces rapports pour en tirer des lois, nous nous courberons devant ces lois, à moins toutefois que nous ne puissions les neutraliser par des lois contraires; jusque-là nous serons en droit de dire que la rente est un fait naturel résultant de!lïnégale fertilité du sol, inégalité que l'on peut, certes, amoindrir au moyen de certains procédés agronomiques, irrigations, assolements, amendements, etc., mais que l'on ne peut jamais niveler parce qu'elle résulte de forces placées au-dessus du pouvoir de l'homme, telle que l'exposition _detelle terre au Midi ou au Nord, le_voisinage des
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