La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

1 14 LA REVUE SOCIALISTE « Je ne peux, dit-il, passer sous silence la méchanceto de ces misérables ciui, méditant la destruction de la littérature et des hommes de lettl'es, ont voulu dans notre temps supprimer et anéantir l'exercice de l'art typographique ••. Ce complot abominable et méchant des sophistes et des ivrognes rie la Sorbonne a été réduit à néant grâce à la sagesse et à la prudence de Guillaume Budé, la lumière de son siècle, et grâce à Jean de Bellay, évêque de Pa,·is, homme aussi remarquable par son haut rang que par sa valeur personnelle (1). Dolet semble avoir ignoré que l'édit d'interdiction ;.wait été en réalité promulgué. Les <lémarchesde ses amis n'obtinrent d'ailleurs aucun 1°ésultat.On le soupçonnait déjà sinon d'êt1·e hét'étique, au moins, ce qui ne yalait guère mieux pour l'époque, cl'èt1·eun athée. Il repartit pom· Lyon au commencement de 1535. C'est alor::; qu'il fit imprimer chez Sébastien Grypho son dialogue ,le lmitatione Cice1·oniana, etc. A peine son dialogue était-il paru, qu'il entreprit l'impression <10son premier -volume dos Commentaires, espéL·ant tiuïl Yenait bientôt appai·aîtro le jour provice. C'est aussi durant cette année et les deux qui suiyirent que Dolet; fut le collaborateur <le Simon nryphe, de Ft·ançois Juste et do Scipion de Gabiano, imprimeurs-libraires à Lyon, chez lesquels il :-;urveillal'impression de divers omTages français ou latins qu'il fit précérlm· padois de p1·éfaces;c'est ce qui a fait supposer à quelques-uns de Resbiographes qu'il avait exercé la profession <le c01·recteur, en pal'ticulier chez Simon Gryphe. - Une nou-velle guerre ayant éclaté entre Charles-Quint, et François r•r, dans les premiers mois de l'année 153G, celui-ci, pour se rendre les peotestants suisses et les AllomandHfaxorable~, fit cessei· les persécutions religieuses et, afin d'être plus près dn siège des hostilités, se rendit à Lyon. Sébastien Gryphe et les amis de Dolet en profitèrent pour obtenir le privilège si impatiemment attendu (le 21 mars 1536). Peu ap1·ès, le tome premier <les Commentaires était livré au public. Il suscita au:sitôt rle YiYos1·éc1·iminations. F1'ançois Floridus Sabinus, lui qui éc1iYaitplus tard que la prison était la patrie de Dolet, accusa hautement l'au toue do pla - giat; d'autl'es prétendil'ent qu'il avait volé le manuscrit à Simon de Villeneuye, tandis que, en 1·éalité, Dolet ayait conçu l'illéc de son ouvrage et 1·ecueilli déjà des matériaux avant HOU voyage en Italie. Charles Estienne prétendit que Dolet avait covié dans l'article de ses Commentaires où il <'8t traité de la nayigation, l'oun·age quo Lazare de Baïf -venait de publier sur la même matière. Baïf ne so plaignait de rien; mais ses amis s'étaient laissés emporter par un zèle intempestif. Pour se disculper, Dolet fit imprimer séparément l'article d'où (1) Commentaria, tome I, p. 236.

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