La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

CONGRÈS INTERNATIONAL AGHAIRE 185 Si réellement l'impôt est le prix d'un service, il doit être basé sur la valeur de ce service, et non sur l'usage que le contribuable en fait. Si les services publics valent un milliard, deux milliards, l'impôt doit être d'un milliard, deux milliards, ni plus ni moins. Si la part d'un contribuable est de cent francs, demandez-lui cent francs sans vous préoccuper d'autre chose. Mais il n'en est pas ainsi, tant s'en faut. L'impôt s'élèYe ou . s'abaisse selon que la récolte est plus ou moins bonne ou mauvaise, que la fabrication, les transports, la circulation et les consommations sont plus ou moins considérables. N'est-ce pas absurde et contraire àTintérêt général autant qu'aux intérêts particuliers? L'Etat vient vous dire : Je vous livre une parcelle de richesse valant cent francs; mais ce n'est pas cent francs que je vous réclame; Yous payerez peut-être 50 ou 25, mais peut-être aussi 200 ou 500 francs; cela dépendra de vous et de vos besoins et mérites! Peut-on concevoir un système plus absurde que celui-là? Les uns ne paient pas ce qu'ils doivent réellement, ou paient moins qu'ils ne doivent; les autres paient ce qu'ils ne doivent pas, ou paient plus qu'ils ne doivent. C'est le renversement de toutes les règles de l'échange. Revenons aux règles ordinaires des contrats commutatifs, et posons en principe que l'impôt doit être basé sur la valeur des services sociaux et nullement sur l'activité des contribuables. Alors, l'impôt deviendra aussi fécond, salutaire et bienfaisant, qu'un contrat bien fait peut l'être pour les deux. contractants. Au lieu d'être une entrave au travail, ce sera un stimulant; au lieu d'être un fléau, ce sera un bienfait immense, une source de richesses pour tous. Ce n'est pas du côté des contrïbuables qu'il faut se tou1·1/'1eprour fixer la valeur de l'i'mpôt, mais dU,côté des services qui leur sont rendus. C'est la valeur de ces services, et non la valeur des contri-. buables, qui doit donner la valeur de l'impôt. Cen'est donc pas celui qui se sert des services publics qui en doit le prix, mais celui qui possède les moyens de s'en servir, c'est-àdire le possesseur du sol. C'est le collecteur ou acquéreur volontaire ou involontaire des services sociaux qui en doit le prix, et non le bénéficiaire qui en fait usage. L'impôt ne doit pas plus dépendre de la volonté du contribuable que de son activité. Celui qui jouit du privilège de recueillir les services sociaux, même sans les demander n'en doit pas moins le prix, surtout quand il a le moyen d'e~pêcher les autres d'en profiter. L'impôt ne doit pas dépendre de la volonté du contribuable; il doit être involontaire, inévitable, obligatoire, et indépendant de l'ac-

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