184 LA nEVTJE SOCIALISTE Qu'est-ce que l'impôt? Que doit-il être soit sous ce titre, soit sous tout autre? Depuis qu'il n'est plus considéré comme un tribut arbitrairement perçu par le fort sur les faibles, l'impôt ne peut être fondé en droit et légitimement réclamé, que comme l'équivalent d'une valeur fournie, comme Je juste prix d'un service rendu. Cela étant, la question de l'impôt devient une question de droit commun, soumise aux règles nrdinaires de tout contrat de vente ou d'échange. Or, la première de ces règles est celle-ci : Le prix doit être égal à la valeur de la chose vendue, et non à l'usage qu'en fait l'acquért'ur. Si donc l'impôt n'est que le prix d'un senicc, il doit être égal à la valeur du senice rendu et non à l'usage qu'en fait le contribuable. Cette règle est trop simple pour nécessiter de longues explications. Celui qui cède ou loue un objet ne le fait pas payer en raison de l'usage bon ou mauvais qu'en peut faire ou ne pas faire l'acheteur ou le locataire, mais d'après la valeur de l'objet lui-même. A ces conditions le contrat est avantageux. Dans le cas contraire. il est nuisible. Les contrats qui proportionnaient le prix ou le loyer aux produits, récoltes, revenus ou bénéfices, comme on le pratique dans le métayage ou autres conYentions aléatoires, ont été peu à peu abandonnés ou condamnés par l'expérience, comme contraires à la justice, à la liberté et par suite à la production. Or, l'impôt actuel est encore régi par l'ancienne coutume qui subordonnait le prix à l'actiYité du contractant. On a, il est ,-rai, aboli les dîmes; mais les impôts actuels ne sont que des espèces de dîmes, puisque, comme elles, ils dépendent de l'activité des contribuables et sont proportionnels au travail, à la production, à la consommation, à la circulation, en un mot.,à l'usage que le contribuable fait de ses facultés. Sous le régime actuel, l'impôt est resté aléatoi·re; on paie d'autant plus que l'on travaille davantage. Plus on est méritant et actif, plus on paie. C'est le rPnYersement clela justice. Faire dépendre l'impôt de l'activité des contribuables, comme cela se pratique aujourd'hui, c'est, d'une part, favoriser l'oisiveté, l'inculture et le chômage; de l'autre, c'est charger le travailleur de chaînes et d'entraves, c'est lui attacher des fers aux pieds comme à un forçat. L'impôt actuel est aussi odieux que le tribut et la dîme. Il a beau être voté par les soi-disant mandataires du peuple, il n'en produit pas moins ses ravages. Les agents fiscaux s'abattent sur le pays comme une nuée de sauterelles; aussi sont-ils l'objet d'une haine mortelle: enveloppant le gouvernement qui les emploie.
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