La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉTIENNE DOLET 13 la chapelle soaterraine de l'ancienne abbaye de Montmartre, les bases de la Compagnie de Jésus. C'est à Paris qu'Étienne Dolet composa son dialogue : De imitiatione ciceroniana adversus Desiderium Erasmum pro Chri"stophoroLongolio (1), qui lui attira la haine d'Erasme et rle Scaliger. Voici comment: Nous ayons dit combien les Ra--rantsde la Renaissance avaient d'admiration pour Cicél'on; uous a\'ons cité eu tête Longueuil qui avait, affirmait-on, réussi à imiter le Rtylc cleCicéron; Erasme, l'un des sayants les plus ilhrntres de son temps, se mo'l_ua<les exagérations parfois ridicules des cicéroniens et malmena vivement Longueuil, leur chef. Longueuil étant mort, sa cause et sa mémoire furent défendu~s par Scaliger. Dolet, prenant à son tour, trois ans plus tard, la défense des cicéroniens, mécontenta Scaliger qui estimait Ra réponse décisiye et qui, quand il aYait traité un sujet, ne permettait plus que le silence et l'admiration. D'ami cle Dolet, il deYint l'un de ses ennemis les plus acharnés. « Depuis ce temps, écrit Maittaire, Scaliger ne cessa de poursuine Dolet par des calomnies, qu'il ne se mit pas en peine clc réfuter, car l'emportement de ce critique contre lui avait quelque chose de si outré et de si brutal, qu'on ne doit pas s'étonner du mépris qu'il en a fait.. ». Mais la grande préoccupation de Dolet, c'était d'achever la composition de ses Commentaù·es sur la langue latine, dont il avait conçu l'idée depuis l'àge de seize ans, et d'obtenir le priYilJge royal autorisant l'impression. Le moment n'était pas favorable. François 1 •r était en proie à un de ces accès de piété durant lesquels on lui faisait croire qu'il rachèterait ses fautes en persécutant les hérétiques et en persécutant les Ravants et les littérateurs, toujours suspects d'indépendance d'esprit. Profitant de ce que des placards attaquant avec violence le clergé catholique aYaient été apposés dans les rues de Paris et mêmi sur les murs de la demeure royale, les docteurs de la Sorbonne demandaient au roi rien moins que la suppression de l'imprimerie, cet art diabolique qui permettait. la diffusion des liues dangereux. La persécution contre les hérétiques devint telle, que, en quelques mois, du 10 novembre 1534 au 5 mai 1535, 22 personnes furent brûlées pour hérésie sur la place Maubert. Le 13 janvier 1535, des lettres patentes furent signées, par lesquelles François rer, ce protecteur des lettres qui, suivant la remarque de M. Crapelet, mériterait mieux le nom de proscrip• teur des lettres, défendait à toute personne, sous peine de mort, d'imprimer n'importe quel line en France et faisait fermer le~ boutiques des libraires sous peine du même châtiment. Cela ne faisait pas les affaires de Dolet. (1) Imprimé par S. Gryphe, à Lyon, en 15;35~

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==