174 LA REVUE SOCIALISTE Cependant notre population est loin d'être exce. sive, elle est et sera longtemps encore insuffisante pour tout cultirnr dans de bonnes conditions. S'il n'y a plus de ter1·es disponibles pom· les travailleurs, ce n'est nullement parce qu'elles sont toutes occupées et cùltiYées, mais uniquement parce que les geands propriétairns en écartent ceux qui pourraient les faire valoir. Les grands domaines sont fermés a la production et au trnYail; l'accès en est interdit aux classes labol'ieuses. Les peop1·iétaires font artificiellement le vide dans les campagnes. Le chômage systématique du sol entraîne le chômage des bras, et force les prolétaiees à affluer vers les villes et les centres industriels déja encombrés. En détenant la ter1·e sans la faiee valoir, les gran<ls p1·opriétaircs 1·estent maîtres de l'offre et de la demande; ils gouYc1·ne1itla concunence et le.-appr.,Yisionnements; ils font, d'un côté, la. ra1·elé cl la cherté des denrées; de l'auti·e. l'abondance et le bon marché de la main-d'œune, selon leur bon plaisir et leurs inté1·êts persounels. Enlre leurs mains, le sol n'est qu'un instl'llment de domination plutôt qu'un siège de production. L'homme privé de sol est cornplèlement a la merci du propriétaire; celui-ci le tient comme le chat tient. la souris. L'excès du mal en appelle viYement le remède. Le mal c'est l'accaparement du sol par un petit nombre; le remède c'est la restitution de la 1·entedu sol a la communauté. Prendre la réforme agraii·e comme point de départ de toutes les réformes sociales, c'est prendre la question par le bon bout, selon l'expression de M. Eug. Simon. Nous tenons pom' vérité que tout homme a droit a l'usage du sol; mais en même temps nous tenon. pour juste et nécessaire que l'homme a également droit au fruit cleson travail, ce qui nécessite une possession assuréê de la terre. Nul ne constl'llira une maison, n'améliorera le sol, s'il n'est asim1·éclela possession. • Or, le meilleur système de possession est la possession individuelle. L'idée collectiviste répugne au traYailleur en généeal, et an peuple américain en particulier, parce qu'il se défie, et aycc 1·aison selon nous, de l'Etat. Il faut plutôt réduù-e les attributions et fonctions du gouvemement que les étendre. Pour assurer la terre à tous, il n'est pas nécessaire d'en décL·éter périodiquement le partage, ni d'en fixer nominativement la possession aux familles ou aux individus par un principe d'inaliénabilité ou d'insaisissabilité, ni d'en remettre la proprioté à l'Etat ou a la Commune. Tout cela y est inutile. Pour remédim' au mal social, il suffit de l'atteindre dans sa t·acine. On y arrive d'une manière simple et facile par l'impôt unique sur la su1·facedu sol, sans tenir compte ni de l'usage que le po~ses:-;cme·n fait, ni des constructions, plantations et améliorations foncières.
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