La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

172 LA REVUE SOCIALISTE C'est l'état détaillé de l'emploi de cette somme que les administrateurs de la compagnie, pour leur honneur même, doivent fournil', et dont je demande au liquidatenr de la société de nous donner tous les éléments, avec les noms des parties prenantes, en mettant au droit de chacunes d'elles la somme qui lui a été attribuée. (Bi-uit.) Ils doivent aussi le faire pour le bon renom de la presse et des membres du Parlement, qui ont été placés par leur faute sous le coup de suspicions injustes pour la plupa1't, ou du moins très exagérées, mais ;qui pèseront sur nous tous aux élections prochaines si, d'ici là, la lumière - et une lumi~re éclatante - n'est pas faite sur l'emploi des 900 millions dont j'ai parlé. Et, si l'on voulait tenir compte des actions de fondation données à M. de Lesseps qui constituent pour lui un.3 propriété d'une nature particulière, qui ne lui a pas moins fourui l'occasion de réaliser un bénéfice considérable sur les valeurs du Panama, la somme dont il a disposé, sans qu'on sache où elle aurait pu passer, ailleurs que dans sa fortune personnelle et celle des administrat,::urs ou fondateurs de la société, s'élèverait à 1,350 millions de francs. En effet, le, nomb!'e des actions de fondation s'étant élevé à 9,000, qui plus tal'd, converties en dixièmes, ont représenté ensemble 90,000 titres, a permis à ces messieurs, en vendant chaque dixième 5,000 fr.-· prix auquel ils ont atteint sur le marché - de réaliser une somme de 450 millions sur leur ensemble. Ces 450 millions, ajoutés aux 900 millions sans justification d'emploi, font bien la somme de 1,350 millions dont j'ai parlé tout à l'heure. Vous voyez, messieurs, que si les administrateurs de la compagnie, joints à M. de Lesseps, sont amené~ à fournir les 34 millions demandés par le projet de loi pour mettre la société en état de reconstituer sur de nouvelles bases, ces messieurs ne seront pas bien à plaindre. (Bruit de conversations.) » La solution indiquée par M. Sourigues était la seule juste et rationnelle. La Chambre a repoussé à une majorité dans laquelle le vote des républicains s'e..st confondu avec celui des réactionnaires. Je souhi<ite que cette concession faite à des ennemis, que cette impunité accordée à des adversaires, ne soient pas funestes à la République. Mais les républicains ont commis tout à la fois un déni de justice et une bêti~e. Les dénis de justice se payent quelquefois, les bêtises toujours. G. R.

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