La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

NOTES SUR LE CANAL DE PANAMA 167 O'est ainsi que se fit la légende du Panama et que les esprits furent accoutumés à prévoit· lînlervention du Gouvernement comme indispensable et légitime, pour mener à bien l'œuvre de M. de Lesseps. Gouverner, c'est prévoiP. Le Gouvernement aurait dû préYoil· la nécessité à laquelle il sel'ait acculé tôt ou tard et éclairer l'opioion. AYecsa passivité ordinaire, il ne fit rien pour empêcher M. de Lesseps de prendre une situation <leplus en plus semi-officielle. Celuici, avec une habileté de financier consommé se posait à l'étranger en représentant in partibus de la France. Il organi:ait de~ voyages en grande pompe à Panama, en Hongrie, en Allemagne, fraînant à sa suite une armée de journalistes de toutes nuances qui rac·ontaient dans Joues journaux les moindres incidents des OYations et des triomphes facile· du « grand Prançais ». Nos représentants à Bel'lin, à Budapest le recernieut avec un cérémonial 1~espectueux ùont s'entretenaient tous les journaux. français, accréditant de plus en plus en France l'idée quo le fondnteu1· (le Panama était une puissance dans l'État. Ce serait tl'op sans doute, de dernandcl' à ceux qui nous gouvernent do diriger l'action économique clupays, de protéger son crédit, <le surveiller dti peés la ge tion de la fortune publique dont. les financicl's tonùent ùe plus on plus à deYenir les admiuistrateurs-propriétaü:es. Nos gotn-el'nants n'ont aucune idée précise de gouvernement et., dans le domaine de l'action sociale, so11Lau-dessous de tous les gouvernants de l'Europo. Néanmoin~, a. rléfaut d'une grande intelligence des nécossilés sociales, le bon son$ devrait suffire à leur faire comprendre que, lor~qu'un particulier comme M. de Lesseps vient lui demander l'esta.rnpille ofticiello pour une entrepl'ise clauslaquelle dos centaines tlo millions sont engagés, il a le dcrnit· étroit d'étudier les conditions dan, lesl1uelles s'effectno l'entrepl'ise et, si l'exameJt auquel il s'est livl'é, lui démontre quo l'épargne nationale est en péril,de l&protéger en éclairant l'opinion sur la valeur de ceux qui sollicitent son argent. En 1886, M. de Lessops, qui avait déjà subi, devant les Cfüambl'es, un échec •l'année précodente, déposa une demande d'autorisation pour émettre des valeurs à lots. Cette circonstance eut dû enhardir enfin la timidité du gouvernemeut de la République. On put croire écrivains que le nou\'el arrangement donnerait au trafic passant par Sue z un essor merveilleux. A cette occasioll, M. Paul Fabvre écrivait dans la Gazette Mariti,11e, tQujours envoyée gratis dans ce11occasions aux actionnaires, n° du 16 mai 1884 : « Les importations des blés indiens atteindront 24 millions de tonnes ou 300 millions d'hectolitres. » La production moyenne totale du blé dans l'iode est de 9 million& de tonnes - sur lesquelles l'exportation moyenne s'élève à Sa0.000 environ -. soit le soixa11tième du chiffre ci-dessus! •

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