154 LA REVUE SOCIALISTE plus elles pèsent sur lui et, limitant ses actes, restreignent sa liberté; il est a la merci des éléments, qu'au contraire l'homme en possession du savoir peut utiliser pour son bien : L'habitant des campagnes est désarmé contre l'orage; loin même d'ayoir des moyens rle se préserver de la foudre, il se jette sottement au plus fort du rlanger, soit en s'abritant sous un arbre, soit en se pendant a la cloche de son église. L'habitant des villes, non seulement se préserve rle la foudre au moyen du paratonnerre, mais encore la crée à volonté, l'utilise systématiquement pour éclairer ses rues et transmettt·e en quelques secondes sa pensée de Paris aux antipodes. Ce ciiarlin est éYÏ!lemmentplui liure que ce paysan, c'est-a-dire possède ,le plus nombreux. moyens d'é\·iter ce qui lui est nuisible et clepro· duire ce qui lui est utile. Le principe de liberté est dans l'ordre social le principe rlynamique essentiel,le moyen dynamique du Droit actuel. Il s'est dégagé lentement et à teavers mille obstacles, car tout l'ensemble des institutions héréclitaiees pesait sur lui et comprimait ses ex.pansions bienfaisamment perturbatrices. Aussi peut-on dire que si le princi re de solidarité procède de la masse des individus et ne peut se <lévelopper qu'en elle, le principe de liberté procède au contraire des efforts d'individus isolés; aussi tous les progrès sont-ils le produit de cette tendance des individus a s'adapter à de nouvelles et plus complètes conditions d'existence et, par YOiede conséquence, à entraîner tout l'agrégat social dans la voie par eux -mêmes parcourue. A mesure que se développe la conscience des sociétés et qu'elles s'acheminent Yers la réalisation du contrat, on peut dire qu'elles deviennent de plus en plus libres, que le vouloir collectif a plus de pot~rnir pour modifie1·les institutions dans le sens de l'intérêt mieux entendu des contractants. Ce que les tyi-ans ont pu faire arbitrairement aux époques d'oppression et d'ignorance, les peuples le petn-ent _envue d'assurer plus de bien-être et de liberté a chaque individu. La notion du Droit s'élargit, et ses attributions aussi, à mesure que s'élargit le concept social, et, toutes les institutions sociales étant d'ordre humain, le règne humain conscient peut en toute liberté adapter ces institutions cle la manière qui lui paraît la plus conveuable. Cette règle ne peut souffrir d'exception, et l'on n·y peut opposer que des raisonnements par l"absurde, tel que celui-ci : Si la société décrète que tous doivent marcher sur les mains, faut-il s'incliner et se conformer au décret? A cette absurdité, il est a peine besoin de répondre, que pom· renclee un pareil décret, il faudrait : ou que l'on eût pris l'habitude de mai·che1·sur les mains, ou qu'il fût démontré à tous que cette postm'e est la plus commode, ou enfin qu'uu fou se fût
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