La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LOI~ ET PRINCIPES !lU DROIT SOCIAL 153 liberté existe à des degrés divers pour les individus qui vivent en société et que la liberté sociale (qui n'a rien à voir avec la conception métaphysique de la liberté en soi) est en raison directe du nombre de motifs déterminants qui pèsent sur les actions des individus. C'est dire que la liberté n'est pas a l'origine des sociétés, mais au moment de leur plus complet épanouissement. Qu'est-ce, en effet, que la liberté? La faculté pour un organisme de se développer dans la plénitude de ses fonctions. - Qu'est-ce que l'individu? Un organisme. - Qu'est-ce que la société? Une collection d'organismes, organisme elle-même par la solidarité matérielle et l'accord mental de tous ses éléments. - Qu'est-ce que la liberté pour un individu, être social? La faculté que lui donnent ou que lui laissent les autres membres du corps social de remplir toutes ses fonctions organiques. - Qu'est-ce que la liberté pour la société, être collectif? L'ensemble des volontés individuelles déterminant l'être collectif à agir sur lui-même ou sur la nature, au • mieux des intérêts de tous. Il est donc hors de conteste que l'homme le moins libre, socialement, est celui qui se rapproche le plus de l'animalité primitive. La recherche des aliments lui Est longue, pénible. et souvent il meurt de faim. On trouve également, dans nos sociétés,des hommes qui ne sont pas libres, ou le sont peu,·gràce a l'actuelle répartition des richesses; et bien des citoyens décrétés libres par la Révolution de 1789 n'ont pas eu l'élémentaire liberté de choisir entre un bon repas qui les eût sauvés et l'abstinence qui les a littéralement tués. Moins l'homme connaît les choses, moins il a d'action sur elles, et ou deux seulement, n'est pas plus libre dans le premier cas que dans le second, car c'est toujours le mobile le plus puissant qui remportera sur les quatrevingt-dix-neuf autres dans le premier cas, et sur l'autre dans le second. D'accord encore, au sens absolu. Mais au sens relatif, nous pouvons dire que l'hom111equi a pu discerner entre cent mobiles celui qui lui était le plus avantageux a été plus libre que celui qui n'a eu à choisir qu'entre deux mobiles, et que celui à qui un seul mobile a été imposé par la force des choses n'a pas été libre du tout. Or, il ne s'agit point ici <l'absolu. L'absolu n'a rien à démêler avec l'ensemble de nos faibles connaissances, et il est étonnant que les esprits qui se réclament le plus de la science, et d'ailleurs à juste titre, donnent dans le travers des songe-creux et des mâche-à-vide de la vieille philosophie. Esprits 1·elativi~tes, tenons-nous en à la notion toufo relative de la liberté, qui nous permet d'appracier le plus ou moins grand nombre de motifs déterminants mis à notre disposition. Ce n'est pas de l'absolu que nous apprécions ces motifs, puisque nous l'ignoro.is, mais de nous-mêmeset par nos organes; prenonsnous donc, nous et nos connaissances, pour mesure cte nos appréciations. Enfin, entre la liberté abstraite des métaphysiciens et, la fatalité non moins abstraite des physiciens, il y a place pour le déterminisme concret au moyen duquel nous pouvons mesurer le degré de développement des individus et des sociétés, et en déterminer le développement ultérieur.

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