La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LOIS ET PRINCIPES DU DROIT SOCIAL 155 emparé du pouvoir suprême et des moyens de contraindre tout un peuple à obéir à ses folles lubies. Or, c'est dans le passé qu'on a marché sur les mains. Les peuples deYiennent plus libres en même temps que plus conscients; et les peuples conscients ne subissent jamais la tyrannie d'un fou,ni même d'un sage. Et cette conscience, quand elle s'exprime en vouloirs sociaux, produit le Droit. XIV. - Récapitulons : Le Droit est la formulation cles avantages et des obligations inhérents aux indiYiclusqui Yivent en société: Il est donc inséparable des inèliYidusauxquels il s'applique (et ne peut être conçu en dehors ni au-dessus des sociétés. C'est par la force que le Droit s'est ~tabli, et c'est par elle qu'il s'est maintenu et cléveloppé. A mesure du déYcloppement des sociétés humaines, la force physique est éliminée de sa situation prépondérante et mise au senice de la force cérébrale : le Droit suit cette éyolution, s'y adapte et passe ainsi de la forme impo ·ée à la forme contractuelle. L'évolution des sociétés s'explique par la double loi d'hérédité et d'adaptation. Le Droit, qui tend toujours à se cri. t.alliser dans des formes héritées, est modifié par les conditions et les rapports sociaux qu'il a mission cl'exprimer. Il suffit pour cela que se modifient ces conditions et ces rapports, et c·est par la violation du Droit actuel que s'établit le Droit futur. Le concept social du Droit n'est pas seulement modifié par des agents matériels; les motifs moraux ont une part croissante d'influence sur la modification de ce concept à mesure que se développe la mentalité collective. Le développement du Droit n'est ni régulier ni continu, et le progrés lui-même peut produire des causes de rétrogradation du Droit. Ce dérnloppement a été moins régulier et moins cont1nu encore dans le passé, et la culture sociale doit tendre a ce qu'il suirn une marche ascendante régulière et ininterrompue. Le contrat, seulement possible entre individus égaux et lib1~es,peut seul assurer ce processus cledéveloppement du Droit; mais le contrat social n'est pas la cause originelle des sociétés, il est, au contraire, la caractéristique de leur complet épanouissement. L'évolution du Droit n'est donc pas achevée. Tant que l'homme et les institutions nécessitées par ses rapports avec ses semblables existeront et évolueront, le Droit existera et évoluera; les plus conscients auront la prévision nette de cette évolution et formuleront le Droit futur. La solidarité, principe social statique, a été conçue de manières différentes, selon l'état des connaissances de ceux qui la concernient. L'être le plus développé est celui qui se sent solidaire d'un plus grand nombre de ses semblables et s'ideù.tifie plus complètement a eux. La solidarité est donc un principe conservateur, car elle tend à assurer aux i.Q.diYiduest al!-xcollectivités la plus complète sécurité,

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