152 LA UEVUE SOCIALISTE question; mais il e:t clans la nature de l'homme de ne point créer d'idéal sans en tenter la réalisation (attendu que l'idéal n'est qu'un prolongement des réalités actuelles) ; aussi le principe d'égalité s'applique-t-il vite aux faits. Aujourd'hui il forme la base rle la démocratie qui est, on le sait, le régime politique des natious les plus civilisées. Est-ce a dire que l'égalité est réalisée clans tous les rapports sociaux? Non. Bien qu'elle ait sa sanction dans le Droit public actuel,elle n'existe pas réellement dans les applications de ce Droit.. C'est qu'il ne suffit pas qu'un rlécret déclare égaux tous les membres du corps social, si les conditions économiques, mentales et morales différentes dans lesquelles ils se trom·ent placés rendent impossible cette égalité. Ainsi, un ouvrier et un rentier ont également le ch'oit d'aller a Rome. Cependant, des deux, c'est le second qui il'a, car. eul il dispose des moyens de s'y rendre, le premier étant retenu par sa pauyreté. De même l'ouvrier et le rentier ont un droit égal a participer a la confection des lois. Cependant, des deux c'est le plus souvent le second que les électeurs choisissent, attendu qu'il est plus instruit que le premier, celui-ci ayant dû de son trayail payer les mois de lycée de celui-la. Donc, les membres du co1•p-;social ne sont actuellement égaux qu'en puissance et ils resteront en cet état tant que les in. titutions sociales nè sel'ont pas adaptées au concept du Droit moderne basé sur l'égalit~ des contractants. En ce moment, l'humanité ressemble à un être dont la tête serait celle d'un homme et le corps celui d'un anthropoïde de la période quaternaire. Cette contradiction, qu'on ne voit qu'a la veille des grands bouleYersements sociaux, doit disparaître,et pour cela il faut que !'Égalité, principe statique du Droit social, devienne une l'éalité. XIII. - Les métaphysiciens, en étendant abusivement la signification du mot liberté, et les physiciens, par l'excè contraire, ont si bien obscurci cette notion, pourtant si claire, qu'il n'est pas rare d'entendre deux hommes de sens rassis disputer ainsi : « Je prétends que je suis absolument libre. - Et moi j'affirme que yous ne l'êtes point du tout•. (1) Sans entrer dans ce débat, affirmons que la (t) Le premier affirme la liberté humaine, méme lorsqu'elle est privée de toutes les conditions sans lesquelles elle n'est qu'une proposition verbale, un vain mot, un lib~olu inaccessible à tout entendem eot. Le second nie la liberté humaine parce qu'il ne voit pas les limites dans lesquelles elle peut se mouvoir, parce que, la prenant au sens absolu l{Uelui donne le pr~mier, il ne peut concevoir qu'elle existe ainsi : Un cul-de-jatte, dit-il, n'est pas plus libre de marcher qu'un aveugle de voir. D'accord. D'autre part, dit-il encore, l'homme eftt-il cent mobiles le déterminant à faire une chose de cent manières différentes,
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==