La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

ÉTIENNE DOT,ET 11 o: Qui ne verrait dans de semblables actes des hallucinations de gens ivres plutôt que do sobres décisions,des accès de folie ful'ieuse plutôt que des oracles de sagesse î Qu'ils nous produisent donc, ces superbes autocrates qui s'arl'ogent une autorité absolue dans l'empire du droit, soit une loi des Douze Tables, soit un article dt)s coutumes provinciales, soit un sénatus-consulte emprunté aux cinquante livres de Pandectes ou au volumineux Recueil rlc Justinien, soit un plébiscite, soit un décret prétorien, soit un rescrit de jurisconsulte, soit enfin un édit royal, qui jamais ait prohibé une amicale et honorable corporation (1) ». Simon Finet, ami intime de Dolet, témoin ocnlnire, nous n, laissé llans une lettre à Oottereau,leut· ami commun, l'ex.pression de l'effet produit sur los aucliteur • par le clis~ours do Dolet. « Comme orateur, écrit-il, notre Estienne est hors de pair. Son débit fait succéder tour à tour la douceur et la gravité ; geste éloquent, physionomie expressive, organe d'une ~ouplesse variée comme le sujet, il a tout pour lui. A quoi bon insi~tcr là-de8sus î Vous l'avez entendu vous-même, tonnant du haut de la tribune ; et vous savez aussi bien que moi quel silence d'admiration planait alors sur tout l'auditoire 1 (2) • Un certain Pierre Pinache releva l'attaque et, parlant pour les Toulousains, défenclit ln dignil6 fle sa patrie, ses compati·iotes et lo Parlement. Mais, dépassant la mesme, il clénonça Dolet comme un séditieux qui ayait manqué de respect au Pal'lemcnt. 0<'tte dénonciation, les calomnies qui suiYirent, eurent bientôt leur effet et le 25.mars 153B,Dolet fut mis en prison: c'était la prernie1·<'fois. Gràce au crédit de Jacques ile Minut peési<lc>ntau Pal'lon10nt de '1 1oulouse, solliciL6 par Jean de Pins, évêque do Rieux, il fut mis en liberté au bout de quelque: jours. Bientôt, ses adversairns attentèrent à ses jours, à l'aicle ll'assassins soudoyés. Il publièrent des libelles outrageants, 11L'ontp1•omener sm· un char dans les rues de Toulouse, un cochon portant un écriteau où l'on avait mis le nom de Dolet. Le s6jour ile Toulouse deyenait dangereux. Dolet se retira dans une campagne assez éloignée do la ville, non sans avoir lancé quelques 6pigrammes à ses ennemis: A Pinache d'aborà, puis au juge Dampmal'tin, enfin a Gratien du Pont, sieur de Drusac, qui venait de composer les Con• traverses du sexe masculin et féminin, ouvrage dans lequel il t.raitait fort mal la plus belle moitié <lugenre humain. « Dolet prit on main la défense des dames et tonna de toutes ses foudres épigrammatiques contre ces crimes de lèse-beauté. • Les clames de Toulouse, paraît-il, lui en surent gré; on le rrgret- (1) Orat, prima in Thol., p. 9 et 10. (2) VoirBoulmier, loc. c:it., note, p. 32,

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