La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

LA REVUE SOCIALISTE qui est beaucoup plus dangereux pour le déYcloppernent social,c'cst <1uele prog1·ès, dans l'une quelcon<1uede ses manifestations, peut amener uhe rétrngraclation partielle du concept ùu Droit1 tout comme l'ün-entiou d'une nom·elle fo1·cechimique sel't aux œuyres de dl3stl'llction où se complaisent encore nos férocités héritées. Les criminalistes ayant découvert, par exemple, que l'homme délinr1uant repeocluit dans noti·e civilisation le tnw~ <les bal'ba1·es qui fm·cut nos ancêh·es, fjtt'Ïl est un attardé, beaucoup de politiques ont conclu <lecette constatation que la pcinB de mc)l't e~t juste et légitime pom débarrasser notl'e ciyifo;ation de ces hommes d'un autrè ,ige, auxquels, pour un peu, on refuserait scientiHquement le nom d'hommes. Sîl est fatal que nofre société pro<luise en grnncl llomb1·c, en t1·op g1·andnombre, des afüu·<lés; si elle les p1·o<luit,pom· ainsi <lire, naturellement et sans qu'il y ait. espoi1· qu·aycc d'autres mœurs et ,l'autees lois elle en pro1lnise moins ou pL'c:que pas du tout, est-ce une raison pour qu'elle se débarrasse Yiolemment et pa1· le couperet <leses non-valems 't Elle ne peut les mctfre it mol't, non pom· eux dans cc cas, mais pont' elle-même. Les œtn'l'es <le sang n'ont potn· excuse que les tourbillons de colè1·c qui jettent les peuples ou les classes les uns sur les autres. Une société régulièl'ement assise doit IJannii· de sou Dl'Oit la suppression des délinquants par le fer, la co1·ùe on la sellette électrique qu'on nous p1·omet et dont l'expèeience Yient cl'èfre faite en Amérique, parce que les lois doiyent tout faire pom· conYainc1·e les masses cle l'absolue inviolabitité (le la Yie humaine; le plus précieux. bien que possède l'homme, c'est sa Yie: alo1·s qu'il est dépouillé de tout, qu'il gît perclus ou éclopé sur une poignée de paille,il lui reste encore quel-· que chose: la vie, premier et (lernier bien, sans lequel rien n'est. Le cl'iminel, poussé par ~es instincts, a 1win~un de ses semblables de ce bien. Il faut l'empêcher de 1·eco111mencer;mais le tuer, c'est faire de sang-froid et sans excuse ce qu'il a fait impulsiyement, c'est non se rayaler à son niYeau, mais se proclamer en masse inférieul's à lui. Mais il n'est pas fatal que la société pl'oùuise (les criminels. S'il y a clans le corps social des atta1·clé:::,c'est que <1escauses sociales ont laissé en a1·rière du prog1·ès un gros de traîna1·<ls (1). Or, tou- (1) Ces attarrlés sont-ils irrévocablement arrêtés clans leur développement et doit-ou, comme certains l'ont pl'oposé, leur interdire de fairn soucheî Si oui, comment expliquer que deux colonies florissante~, l'Australie et la Tasmanie, ont été littéralement faites par des convicts anglaisî Comment expliquer que le concept du Dl'oit des descendants de ces attardés ne diffère en rien du nôtre~ C'est donc bien la société qui, par sa mauvaise organisation, son inéquitable l·épartition de la richesie et de l'instruction, prtJduit artificiellement les attardés, ou plutôt les laisse rétrograder jusqu'aux types·disparus.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==