LOI~ ET PRINCIPES DU DROIT SOCIAL 141 mauvais à l'état sauvage, elle nous fait vivre; mais en mettant des poisons à notre portée, elle nous tue. La vérité est que nous n'améliorons nos conditions d'existence qu'en violentant la nature, qui produit les marais, les insectes nuisibles, les serpents venimeux, les fauves féroces; et c'est précisément là où elle se développe en toute liberté qu'elle est le moins habitable pour l'homme. La nature, c'est la Martine de Molière, qui veut être battue. Que l'homme cesse de dompter la nature, il sera vaincu par elle et disparaîtra dévoré par les lions ou par les fourmis. III. - Par quel moyen s'établit le Droit dans les sociétés? Par la force. C'est également la force qui modifie les conceptions et les applications successives du Droit. Aux époques primitives, et même jusque dans un état assez avancé de civilisation, c'est la force physique qui établit, modifie ou abolit les diverses formes du Droit; la force cérébrale, qui d'abord coexiste dans une faible mesure avec la force physique, ne prend que tardivement une part prédominante dans la détermination du Droit; dans les pays où règne l'opinion publique, la force cérébrale tend de plus en plus, en dépit de nombreux. appels à la force physique, guerres, insurrections, à régler seule ou par la force physique mise à son service, les droits et les devoirs des membres du corps social. Dans la première période,celle où il est fixé par la force physique seule, le Droit n'est que la systématisation des énergies sociales en vue d'assurer aux plus forts ce qu'ils ont arraché aux plus faibles; et il ne reste aux plus faibles que cette garantie précaire: la prévoyance des plus forts, comparable à celle du berger pour lequel il est plus avantageux de tondre ses moutons que de les livrer tous au boucher. Si inférieur qu'il nous paraisse, le Droit, dans les sociétés primitives, n'en existe pas moins; et, si éloigné qu'il paraisse être du nôtre, il n'en est pas moins le rudiment indispensable. Le Droit primitif, (qu'on pourrait appeler le Droit naturel, car il est très exactement l'image de l'entre-dévorement des espèces et des individus laissés à eux-mêmes, c'est-à-rlire à la nature), le Droit primitif existe dans ses deux éléments: droits et devoirs; seulement les forts ont tous les droits et les faibles tous les devoirs. Toutefois, l'idée du contrat naît de ce Droit informe et on en peut prévoir le développement ultérieur : les forts établissent entre eux une forme de Droit supérieure à celle qu'ils pratiquent vis-à-vis de8 faibles, faute de quoi ils seraient en état de guerre perpétuelle; de leur côté les faibles, qui n'ont pas seulement des relations avec les forts, mais encore entre eux-mêmes, établissent, ou subissent de la part des forts devenus prévoyants a la manière du berger, une forme de Droit su-
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