140 LA REVUE SOCIALISTE tue l'épouse adultère sort du Droit, est passible d'une pénalité, que d'ailleurs les tribunaux appliquent rarement, imbus qu'ils sont encore du vieil esprit latin, et aussi parfois pénétrés de l'idée toute moderne de l'irresponsabilité momentanée des criminels par passion. Dans les pays orientaux, l'homme peut tuer impunément 1~ femme qui le trompe, ou même qu'il soupçonne seulement de le tromper; chez les nègres il peut la tuer pour son plaisir, et chez les Australiens pour la manger. Donc on peut dire que le Droit en soi n'existe pas; mais bien le Droit en n_ous,par nous et pour nous. Par conséquent, il peut être défini ainsi: Le Droit est la formulation des avantages et des obligations inhérents aux êtres qui vivent en société. La justice est l'application du Droit. Cette définition,qui reconnaît l'agrégat social source originelle de tout Droit, est repoussée par les esprits attardés pour lesquels le monde physique et moral marche sur le commandement d'un être personnel et conscient, auteur de toutes les personnalités et impulseur de toutes les consciences. Ils opposeront au Droit social, émané des sociétés, le Droit divin, émané d'un être suprême; et lorsque celui-ci, par l'organe de ses ministres, demandera du sang humain, le Droit divin exigera que le sang humain coule à flots. D'autres esprits, faussés ceux-là par les rèYeries du dernier siècle et par les philosophes de profession, prétendent que le Droit e::1t immanent, que chaque individu le porte en soi, et qu'il n'est d'autre droit que ce droit qu'ils appellent Droit naturel. Examinons cette métaphysique. II. - Pour concevoir le Droit naturel, il faut concevoir l'homme seul, placé en face de la nature. Pour exercer son droit à la vie et à la reproduction, il lui faut, à défaut d'animaux et de plantes, dévorer son semblable plus faible,c'est-à-dire abolir le droit de son ~emblable, violer la femme qu'il rencontre,c'est-à-dire contraindre, limiter le droit de cette femme. Qu'est-ce donc qu'un droit qui ne vit que de sa violation perpétuelle? N'est-il pas plus exact de dire que le Droit divin et le Droit naturel sont des formes inférieures du Droit social, les pseudonymes qu'il prend tant que ceux auxquels il s'applique ne lui ont pas donné sa véritable appellation? Les rares partisans du Droit naturel nous diront qu'il ne s·agit pas de l'examiner seulement dans son origine, mais encore dans sa fin, qui est de conformer les hommes aux volontés de la nature. Enfantillage pur. D'abord, la nature ne veut rien; ou si elle veut quelque chose elle ne nous l'a jamais dit clairement. En nous donnant (estce pour. nous les donner qu'elle les produit ?) des fruits, d'ailleurs
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