ÉTIENNE DOLET 9 Il s'agit de .rean de Caturce qui fut brlllé vif en 1532. Quelques hommes pourtant, faisant exception, désiraient voü· les sciences et les lettres prospéeer, et contrastaient par leurs idées d'humanité et de tolérance avec la majorité des membres du Parlement et de l'Université et avec le plus grand nombre des étudiants et des habitants. Ceux-là devinrent les amis de Dolet et le soutinrent toujours clans la mauvaise fortune: nous citerons Jean do Pins (1), éYêque de Rieux, Arnould le Penon, Jean de Caturce, Simon Finet, Jean de Boyssone et Claude Cottereau. Pour rendre plus compréhensible le récit des malheurs qui frappèrent Dolet dans la cité toulousaine, quelques explications sur les habitudes des étudiants de cette époque ne seront pas superflues. Le renom de l'école de Toulouse attirait dans cette ville une multitude de jeunes gens de tous les pays. Naturellement les étudiants du même pays s'étaient groupés, avaient formé des sociétés. « Les F1·ançaisavaient fait une association ; les Gascons en firent une autre; bientôt les Anglais, les Espagnols et tous les étrangers imitèrent leur exemple.,, Ces Sociétés avaient un chef qui convoquait ses compatriotes, leur servait de conseil et cle défenseur. Chaque Société avait un patron et, le jour de sa fête, un orateul' choisi par elle « prononçait un discours clans lequel il louait. publiquement ceux de ses confrères que la mort avait emportés>>(2). Quelques désordres étant survenus, le Parlement <leToulouse, ombrageux, en profita pour publier un arrêt interdisant les associations en masse. A l'arriYée de Dolet, l'mterdiction avait déjà été formulée. Malgré cela, les Français étaient restés groupés. Dolet fut élu orateur et le 9 octobre 1532 (3), il prononça en public une harangue « dans laquelle il louait les heureuses qualités des Français et frondait l'arrêt que le Parlement de Toulouse avait rendu précédemment contre les Sociétés d'étudiants». 11se moqua des superstitions des Toulousains, et, emporté pae son zèle, il accusa Toulouse de barbarie. « A moins de vivre exilé à l'autre bout du monde, s'écriait-il dans son audacieuse catilinaire, personne n'ignore quelle affluence de jeunes gens et d'hommes de tout âge l'étude du dl'oit attire à Toulouse, des pays les plus divers et (1) Quoique évêque, il fut accusé d'hérésie à propos d'une lettre que lui avait adressée Erasme et qui fut interceptée. Les chats fourrés ou les vulturii Togati, comme les appelle Dolet, échouèrent dans leur honteuse persécution que rien, dans la lettre, ne justifiait. (2) Née de la Rochelle, Vie d'Etienne Dolet, imprimeur à Lyon. Paris, 1779, p. 6. (3) Episode des Jeux floraux (Voir Boulmier,Estienne Dolet,sa vie, ses œuvres, son martyre, p. 61).
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==