La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

8 LA REVUE SOCIALISTE II Dolet ne resta qu'un an à Venise, la m1ss10nde Langeac ayant pris fin, et il revint en France. Sur les conseils de son maître, qui, avant d'être évêque, avait été conseiller-clerc au parlement de Toulouse,il se rendit à l'université de cette ville pour y étudier le droit. Malgré ses inclinations vers les études littéraires: il céda, quoiqu'à regret, assuré d'ailleurs du concours matériel de Langeac. C'était en 1531. L'Écnle de droit de Toulouse jouissait d'une grande réputation.Le milieu clans lequel Dolet allait passer deux. années et se créer, à côté d'excellentes amitiés, qui ne l'abandonnèrent jamais, des ennemis irréconciliables qui l'ont poursuivi jusqu'au bûcher de la place Maubert, était bien différent du milieu qu'il venait de quitter; « Parloue était le refuge de la liberté de penser, aucune barrière n'y venait entraver les spéculations des savants, les plus profonds problèmes intellectuels étaient discutés pae eux avec une franchise qui, si elle conduisait parfois à des conclusions peu raisonnables, n'en montrait pas moins une grande abondance de vie et de vigueur (1). 'b Toulouse, au contraire, qui, autrefois, avait été la ville la plus éclairée de la Gaule, « depuis trois siècles, était le quartier général de la bigote6e, de la tyrannie ecclésiastique et de la superstition (2). C'était le lieu de naissance de !'Inquisition et, en France, le siège principal de cette institution qui avait accompli sa tâche avec tant de succès, que le Parlement, l'Université, les capitouls et la populace luttaient à qui serait ses plus :fidèlesserviteurs (3). » Rabelais, dans son livre immortel, fait promener son héros, Pantagruel, parmi les universités de France et parle ainsi de celle de Toulouse: « De là vint à Thoulouse, ou apprint fort bien à danser,et à iouer de l'espee à deux mains, comme est l'usance des escholiers de fa.dicte universite : mais il n'y demoura gueres, quand il veit qu'ilz faisoyent brusler leurs regens tous vifz, comme harans soretz (4). » (1) R. C. Christie, Zoc. cit., p. 47. (2) o:: Ce fut à Toulouse que saint Dominique fonda cet c,rdre célèbre qui, s'il n'a pas réussi à anéantir complètement l'hérésie,'.n'a reculé devant aucune cruauté, devant aucune infamie pour y arriver. » (R. C. Christie, Zoc. cit., p. 50.) - <<~près la place. Maubert, il n'y a pa~ d'endroit en France où, à l'époque de la Reforme, on brula autant de gens émments que sur la place de· Salins, à Toulouse. > (Ibid., p. 50.) • (3) R. C. Christie, loc. cit., p. 45-46. (4) Rabelais, Pantagruel, liv. 11, chap. V.

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