La Revue socialiste - 1889 - Tome X - vol 02

112 LA REVUE SOCIALIS'l'E familles ou les communes dans le domaine des t.raYaux publics. L'Etat, et je yeux. dire maintenant l'Etat considéré d'une façon plus générale représentanf la collectiYité cles familles et qui, suivant l'ex.pression des Chinois, ne doit être qu'une grande famille, n'a plus d'autres pouvoirs que ceux que la famille ou la commune ne peuYent exercer elles-mêmes, par exemple la défense du territoire, les grands trayaux publics dont l'exécution s'étend sur toutle\territoire ou sur une partie du territoire trop grande pour que les communes puissent s'en charger elles-mêmes. Rendus défiants, les Chinois se sont toujours appliqués à maintenir l'Etat dans les limites que je viens de tracer et, pour lui éviter la tentation cl'en sortir, ils ont cherché le moyen de le rendre aussi dépendant que possible de la collectiYité des citoyens. 11n'y en aYait qu'un - c'était de l'empêcher de devenir riche et c'est par le système d'impôt qu'ils y sont arriYés. La source de toutes les richesses, de toutes les productions est naturellement la base de tout impôt : c'est la terre. C'est sur la terre qu'ils ont. clone tait. peser l'impôt. Mais sur la terre seule, abstraction faite des riche. ses que le travail de l'homme y incorpore. Si on aYait rlûajouter à la terre la Yaleur de ces biens, l'Etat eut dû intenenir clanschaque famille pour les inventorier ou pour les apprécier, et c'eut été une intenention insupportable pour les Chinois, après les épreuyes qu'ils avaient subies et qui les avaient rendus très jaloux de leurs libertés. D'un autre côté, l'Etat aurait retrnuYé dans cette yaleur toujours croissante le moyen de recle,enir riche et fo1·.t.. Ce n'est pas tout : un autre mal encore peut-être plus grand eu serait résulté : c'est que c'eût été porter atteinte au travail de l'homme, c'est-à-dire aux fruits de son travail qui seuls sont et cloiYcnt rester sa propriété. Pour éviter ces deux inconYénients on a cru ,levoir s'en tenir, comme base de l'impôt, à la seule superftcie du sol occupé par le citoyen. Ainsi, sans pénétrer sur son domaine aussi im·iolable que la personne même du citoyen, l'administration publique n'a qu'à mesurer cette superficie par l'extérieur; et tout est fait. 11va sans dire qu'on a établi plusieurs catégories <leterres, non diflérenciées par leur fertiliié, parce que la fertilité n'est que le fruit du tra·rail de l'homme, mais par les dépenses faites, pour leur aménagement, en canaux d'irrigations, pour routes et autres moyens mis à la dis• position de l'occupant par l'exploitation de sa propriété. J'ajoute que, comme ces grands tr::n-aux sont faits depuis longtemps, et qu'il n'y a plus qu'à pounoir à leur entretien, 1 impôt de ce chef, comme de la plupart des autres, est maintenant établi d'une façon fixe et im·ariable.

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