La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

L' A.LCOOLISME ET LES ALCOOLIQUES 75 connus, et qui a bi-envoulu me permettre de Yoir rle près les rlouleurs physiques et morales Llesinfortunés qui sont confiés à ses soins dans l'asile Sainte-Anne. ,,_Il (un alcoolique délirant) parlait de cascacles qu'il entendait, ile chalets illuminés qu'il aperceYait, de chants et <leclauses dont il était témoin; ces hallucinations semblaient deYoi1·]Jl'OYoquerdans l'esprit des pensées plutôt agréables que pénibles. Eh bien, m~me avec ces images riantes, ces chants et ces fêtes. il a su créer le plus triste délire. Les cascades, a-t-il dit, le poussaient à se noyer. « Ce bruit de l'eau, c'était pour me nargue1·, ça Youlait dire que j'étais un làche, que je n'ayai. pas le courage de me jeter à l'eau ». Le chalet, ayec ses hôtes joyeux. : « C'étaient un t.as de gens qui voulaient me perdre, qui se moquaient de moi et qui Youlaient m'assassiner. >) Nous étudierons, plus loin, ces malheureux. dans lem' délire, et nous perdrons toute illusion sur la quiétude des fous quand nous les aurons obserYés dans leurs tristes faits et gestes que ne guide plus la pensée. Il. - LA FOLIE ALCOOLIQUE. Donnez-moi une co1Te:-pondancepour Charenton, dit plaisamment plus d'un buYem' au garçon de café ou d'assommoiI·. Le malheureux. ne Cl'Oitpas Bi bien dire, quanrl il se prépare à mélanger doctement une absinthe bien épaisse, bien opaque, qu'il absorbera avec délices; car cette boisson, de toutes la plus dangereuse, est aussi celle à laquelle renoncent le plus difficilement ceux. qui s'y sont une fois adonnés. Lorsque la fée yerte a fait son œuYre et vidé le cer,·eau de ses victimes, une seule pensée refuse d'en déloger; et cette pensée est pour le liquirle meurtrier. J'ai vu, à l'asile de Sainte-Anne, un spectacle inoubliable, et qui donne la caractéristique de cette obsession à laquelle sont en proie les buveurs d'absinthe. Une femme d'une cinquantaine d'années,bouffie, énorme, à la face congestionnée, était étendue sur un matelas épais, l'Ùnique meuble d'une petite cellule. Cette malheureuse agonisait rlouloureusement., les lèues retroussées et tremblotantes, les mains fébriles grattant les draps, tout le corps agité d'un frémissement continu. Elle avait été repêchée de la Seine, où elle s'était jetée du haut du pont d'Austerliz, dans un accès de délire alcoolique. Tandis que l'infirmière nous donnait ce détail, la malheureuse bégayait des lambeaux de mots en roulant des yeux éteints déjà. - Eh bien, lui dit l'infirmière. Vous 'sentez-yous mieux? La.femme ne parut pas avoir entendu. L'infirmière repr:it:

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