La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LA VÉRITÉ SUR LES CHEMINS DE FER SEf\BES 737 Les attaques de la presse française coutre les ministres serbes ne connurent alors plus <le bornes. Le Petit Jour'Ylal appréciait en ces termes la déchéance de la Compagnie : • L'anarchie est tellement à la mode en Serbie, qu'on n'y prend plus aucune précaution pour sauvegarder même les apparences de l'équité. M. Ristitch, qui y i,ossède actuellement l'influence prédomir.ante, n'a pas craint d'expl'Oprier sans raotifs sérieux la Compagnie des chemins de fer serbes, presque entièrement composée de Français. (fls étaient dix-sept sur mille!) Nous avions quelque raison d'observer récemment, à propos du voyage manqué de St1·asbourg, que nous devions nous tenir sur nos gardes et que les désagréments systématiquement prémédités, distillés goutte à goutte, partout où s'exerce l'action italo-allemande, ne nous seraient pas ménagés. Le Gaulois s'écriait : M. Spuller s'est borné à demander à M. Patrimonio des explications sur les intentions du ministère de Belgrade. . A l'heure où M. Spuller semblait Ci'Oire qu'il ne s'agissait que d'intentions, le gouvernemeut serbe, plus expéditif, passait aux actes, et ces actes se sont traduits hier matin µar une complMe dépossession de la société française chargée, en vertu de contrats réguliers, de l'exploitation du réseau ferré serbe. Et maintenant, que va foire M. Spuller ~ Souffrira-t-il plus longtemps que les avanies subies par les Français dans les Balkans, et principalement en Serbie, aillent eu s'aggravant? Autaut dire à tous nos compatl'Îotes, dès qu'ils passent la frontière, qu'ils n'ont plus à compter sur la protection de la mère-patrie. Ce serait avouer que la république, violente à l'intérieur, est sans forces à l'extérieur; qu'elle ne possède méme plus ce prestige diplomatique qu'exerce tout rep1·ésentant d'une puissance quelconque à l'étranger. Les envieux de notre bon renom au loin se ré,iouissent chaque fois- qu'un coup nouveau P.stporté à notre influence, dont il ne restera bientôt plus rien. Il semble aux Allemands-Autrichiens et autres, réunis à Belgradtl ou ailleu1-s, que leur part sera d'autant plus grande que l'influence française sera plus faible. Cette diatribe de grande allure est signée : L. Desmoulins. - Tant pis pour lui - j'imprime son nom tout vif dans ces pages. Le Siècle, organe de M. Thévenet, ministre de la Justice, débutait ainsi dans un article de tête sur l'affaire : Le gouvernement de Belgrade, après avoir fait appel aux capitaux européens pour doter la Serl.Jie d'un outillage dont les populations de ce pays étaient hors d'état de faire les frais, s'est imagin~ en ces derniers temps de reprendre. une à une les concessions qu'il avait faites et d'exploiter lui même les monopoles qu'il avait confiés à des administrations internationales. Si M. Thévenet, appelé à se prononcer sur la question au conseil des ministres, est aussi bien renseigné que son rédacteur sur ceux qui pressèrent la construction des chemins de fer serbP.s,il a dû donner un avis singulièrement motivé.

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