La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

736 LA REVUE SOCIALISTE ques horions et, en somme, les plus épronYés furent les patriotes, puisqu'un étudiant fut tué par M. Garachanine. Cela n'empèche pas la pre. se française de recevoir de l'Agence Havas des récits poignants sur les violences sauvages dont les wogressistes ét.aient l'objet de la part de la populace <leBelgrade. Puis, l'opinion ainsi préparée, on apprit que le représentant de l'Autriche en Serbie avait menacé le gouYernement d'une iuteryention Autrichienne ... Le lendemain, on apprenait la brusque décision prise contre la Compagnie des chemins de fer, frappée de déchéance. Devant la menace clu ministre d'Autriche, le gouvernement ayait Youlu assurer sans retard la défense du pays. La-dessus, le correspondant de l'Agence Havas, attaché au bureau de M. Finet (belge), directeur des chemins de fer serbes pour la Compagnie française (! !), télégraphiait la nom·elle, présentant ce fait comme un acte de spoliation. C'est sous ce titre, « une spoliation », que tous les journaux publièrent la dépêche Rayas, rédigée dans les bureaux de la Compagnie de Belgrade. En même temps que la dépêche Havas, la Compagnie fit passer une note dam, les journaux où elle se lamentait sur le sort des malheureux employés français. Aussitôt, chaque rédacteur de broder un filet de quelques lignes sur l'Allemagne, qui deYait être dans l'affaire. En effet, on l'expulsait de Serbie! Et la passion politique n'y était pour rien, car les journaux de nuances les plus opposées tenaient le même langage. La Répubhque française, par exemple, organe du ministre> des affaires étrangères (!) s'exprimait ainsi : On ne comprend pas ici quel est le but de cet acte arbitraire du gouvernement serbe. La Compagnie française exécutait ponctuellement les rouditions de son cahier des cha1·ges; elle était soumise à un contrôle étroit du gouverneml'nt, qui s'était réservé le droit de fixer les tarifs. La Compagnie se contentait de revenus relativement modestes, Il am·ait été difficile, en un mol, de tr(luver des conditions plus avantageuses; une partie des employés était fran• çaise. Je souligne ce dernier membre de phrase; parce que paru clans un journal où les notes du ministre des affaires étrangères sont certaines d'être bien accueillies, une telle information nous donne la mesure de la façon dont on est renseigné au gouyernemcnt SU!' l'emploi cle~capitaux français à l'étranger. Interpellé par M. Dreyfus, sa timidité naturelle empêcha fort heureusement le ministre rles affaires étrangères de s'engager à fond : il dit. qu'il manquait de renseignements, qu'il com·enait d'attendre. Des rnanœuvres financières de la Compagnie, pas un mot.

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