La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

732 LA REVUE SOCIALISl'E qui faisait pénéti·er l'Aufriche au cœm· même de la Serbie, la Compagnie pseudo-française mettait quatre années à construi1·e la section de raccordement sui· Salonique, longue cle 90 kilomèL1·es, et qui ne fut ouyerte que le 1er mai 1888. Cette lenteur calculée est significative et donne la mesure clupatriotisme des administ.rateurs de la Compagnie. Comme bien on pense, ce délai ne fut pas perrlu pom· les négo. ciants austro-allemanrls, qui purent,quatre am1ées <lurant,répan<ll'e leurs marchandises en Serbie. Enfin, la section mettant en communication Belgmrle avec la mer s'ounit, et le comme,·ce français et britannique put espe1·er nouer des relations sérieuses en Serbie. Mais on aYait compté sans les tarifs exorbitant.s. Les combinaisons cletarifs.calquées :-;urcelles des chemins de fer du baron de I-Iirsch, ont été telles, que le transit de marchandises françaises (le Marseille en Serbie, par Salonique, reYient beaucoup plus cher que le transport de marchandises allemandes <leHambourg à Belgratle. La voie la plus économique, pom· le commerce français, serait encore cl'entretenir un agent autrichien à Trieste, ou à Fiume, lequel recen·ait là les marchanclises, et le: clirigC'rait sur la Serbie, par Yoie ferrée, jusqu'à Sissek et la Saye I Si le commerce français se 1·ésontà atlopter cet expédient, l'Auti-iche n'en profitera pas moins,<!'un transit considérable et no:-; marchandises seront. grevées de frais de transports <lisp,·oportionnés. La Compagnie pseullo-française de chemins de fer Serbes a fait encore mieux, cependant : pour permettre aux austro-allernands de <léfier toute concurrence possible sur le marché de l'Orient, elle a établi, à la frontiere autrichienne, un tarif réduit de pénétration pour les marchandises circulant dans une zone de 10 kilomètres. Cette réduction (le tai·ifs équiyaut à une véritable entrée en franchise, d'autant plus fructueuse pour le commerce austro-allemand, que cette zone est la plus riche et la mieux peuplée. :Katurellement, la réduction, clans un pays où une zone est trè:-;ditficile à délimiter et encore plus difficile à garder, est une prime à la contrebande et les patriotes serbes ont reproché plus ,l'une fois à la Compagnie de favoriser plutôt la contrebande que de l'entraver. Faut-il ajouter que le::;constructeurs de chemins de fer serbes ont employé un matériel et un machinisme exclusivement austroallemands? La chose decoule tle source, cles qu'on sait que les travaux ont été commencés du côté de la. frontière autrichienne. Commencés« à rebours» selon l'élégante expression de M. Bontoux. ouverte au début du côté de Salonique, la Compagnie fran~aise eût dû employer des produits français. C'est le contraire qui a eu lieu, et l'industrie autrichienne, surtout allemande, a bénéficié de toutes les commandes payées en partie par l'or français. '

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