LA VÉRITÉ SUI\ LES CHEMINS DE FER SERBES 733 Ce n'est pas tout : le groupe capitaliste, français de nom, austroallemand de fait, qui a construit et·exploité les chemins de fer serbes, ne s'est pas borné a réserver tous les avantages commerciaux de ces chemins a l'Autriche et à. l'Allemagne. Il les a livrés encore aux agents austro-alleniands. Oeux-ci sont au nombre de plus de mille et les français occupés par cette Compagnie française sont en tout, au nombre de 17, je dis 17 ! Pour qui connaît les pratiques peu scrupuleuses de la cour de Vienne et de Berlin, dans les Balkans, il est certain qu'une telle situation est intolérable. Elle livre la Serbie, sans aucun moyen de défense possible, a l'Autriche. Que la guerre éclate demain ùans c~s régions, et le haut personnel des chemins de fer serbes, qui est tout entier allemand, communiquera, aussitôt reçues, les dispositions militaires du gouvernement, en ce qui concerne la marche des trains. Tous les détails de la mobilisation seront connus a Vienne et a Budapest avant d'être exécutés en Serbie. En outre, rien ne saurait empêcher ce haut personnel, a l'heure psychologique où le gouvernement aurait besoin de tout son matériel, de faire passer ce matériel sur le territoire hongrois. Le gouvernement actuel de Belgrade s'est plaint déja, a diverses reprises, de ce que le matériel des chemins serbes séjournait en trop grande abondance a Semlin. Il résulte donc de ce qui précède : Que les capitalistes français associés a la Laenderbank de Vienne, qui ont entrepris la construction des chemins de fer serbes et leur exploitation, ont été les agents dévoués de la prépondérance poli-• tique et économique de l'Autriche et de l'Allemagne dans les Ba1:. kans, où ils ont favorisé le commerce de ces deux nations au détriment du commerce français; Qu'un gouvernement serbe soucieux. de l'indépendance de son pays, désireux de le soustraire a la prépondérance politico-économique de l'Autriche et de s'assurer les moyens de couper les voies de communication a l'ennemi, tout en s'appropriant les voies de transport rapides indispensables a sa mobilisation, - avait pour devoir étroit de s'emparer des chemins de fer. J'ajoute que la France et la Russie devaient accueillir avec satisfaction une démonstration aussi énergique du gouvernement serbe contre la politique austro-allemande, et si les journaux de la Triple alliance attaquaient la mesure des hommes d'État de Belgrade, la presse française avait le devoir de les défendr~ sans distinction de partis. Ala presque unanimité, la presse a f~it le contraire; et ce, dàns des circonstances politiques de nature a engendrer les résultats les plus fâcheux pour l'indépendance serbe, aussi bien que pour le maintien de notre influence, toute puissante aujourd'hui, à Belgrade.
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