La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

724 LA REVUE SOCIALISTE haine Yigoureuse que les masses populaires ont Youéc à l'Autriche et les sympathies qu'elles professent pour la Russie. L'action que l'Autriche exerce sur les Balkans pour y étendre son influence politique et lutle1· conü·e la Russie, est surtout d'ordre économique. Tarnlis que les agents russes font appel aux sentiments slaYes des masses, les agents autrichiens s'efforcent surtout de créer des intérêts économiques et c'est par la qu'ils balancent la popularité clesRusses, le déYcloppement cles intérêts économiques leur assurant le concours des politiciens qui leur donnent les moyens cle s'attacher - ou de s'acheter. ' C'est pour aider l'action politico-économique de l'Autriche dans le pays où elle a trouvé la résistance populaire la plus acharnée, qu'au congrès de Berlin, M. <le Bisma1°ck -quijoua si bien la France et la Russie, fit décicler la constniction cles chemins de fer serbes. Et c'est à l'effet de réaliser le programme politique et <•conomiqucau-,Lro-allemarnl du congrès de Berlin, qu'un groupe de financiers cosmopolites mit à la disposition du gouYernement autrichien les capitaux. nécessaires. Mais ayant d'administrer aux lecteurs la p1·euyc des faits c1ue nous axançons ici, il n'est pas sans intérêt de jeter un coup cl'œil rapülc sur l'histoire politique cle la Sei-bic: cc coup <l'œilpc1·mett1'a ùe mieux. saisir le caracLèl'c politique <lu gouve1·nement actuel et d'apprécier la mesure qu'il vient de prendre. II De tous les peuples Sudo-Slaves, la Serbie est assurément celui qui inspire le plus de sympalhie, pom· pen qu'on se rappelle le rôle irnpo1·tant joué par cc petit pays dans les luttes soutenues a la frontière occiclentalc pour repousser le flot rle l'invasion musulmane. Jusqu'à la Du Lluxrvc siècle, en effet, la Serbie fut le rempart de la civilisation européenne. La défaite de KossoYa, en 1389, où presque toute la jeunesse serbe périt, marque la fin de la gt>andeépoque dont les empereurs Stephan, Douchan et Lazare sont restés les héros populafres. La nationalité serbe sombra dans cette défaite. Mais sa fin fut celle d'un grand peuple : en tombant, elle arrêta rélan formidable clesTurcs. De 1389 à 1804, pendant près de cinq siècles, cette nation généreuse disparut, enseyclic, noyée, pour ainsi dire, sous la clomination turque. En 1804, sous la conduite du pùtre KaraGeorges, elle 1·essuscita, toute pleine des souYenirs de Kossova et <le la pé1·iodehéroïque, comme si l'intervalle de 420 ans eût été d'un joue; et cle 1804 à 1842, elle li-rra à la Turquie une série de combats épiques, cl'où elle sortit enfin victorieuse et libre. De 1804 à 1813, Napoléon 1°•, malgré sa répugnance habituelle à porter at-

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