La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LE DROIT DES MINOIHTÉS ÉLECTOI\ALES 707 au profit tlu plus grand nombre et n'oublions pas que la tyrannie germe dans tout priYilège. » Et Louis Blanc se·faisait encore illusion car, ainsi que je viens de le montrer, nos systèmes électoraux constituent un gouyernoment <leprfrilègo, non pas rnème an proflt. du plus grand nombre, mais bien au contraire an profit <luplus petit! • Un <les côtés les plus désolants pent-êtl'e, au point rle nie du maintien ,le la concc)l'(lC,tlP la paix. sociale et de l'honni>teté politi<1no,qui 1·essod do cette confusion déplorable guenons pC'1'sistons à conser-rer entre le Yote représontati( et le Yote <l('libé1·alif, c'est le caractè1·e tlo lutte et. <1<c'onflit qu'affecte chaque élC'ction quand clic no den'ait MPor<•elloment.qu'une simple opé1·a.tionarithmétique ile justice düfrilmtive. Toute élection est transforrnt'C aujourcnmi en un Yét'ilablo plébiscite. Lo monopole est mi à la place clo la concurrence. Une pa1-tic clu cm·ps électoral est fatalement destinée cl'avanc:e à èt1·c éc1·asée pat' l'autre, rélluite au silence, placée <lans l'impossibilité <le fai1·e onteJHlt'e ses plus légitimes i>èclamations, soumise, en un mot, au 1·égimo du vœ victis ! 'est-ce pas là un enctmrngcment à la lutle aC'haméc, sans met'CÎ, à. la frnude et à la corruption? Lo1·sqnc l'on sait ciuo, dans une circonscription élecloralc, il su(flt ,lu déplacement cle quelques ccntainrs ou do qucl<1ues milliers ,le Yoix.pour changer la cléfaite absolue en complète victoire et acquéeir ainsi le monopole do la rcprè,entation, la'.tentation n'estelle pas forte de chol'chc1·, en calomniant ses adYersait·es et en co1'1'ompantun cel'lain nomb1·e d'élerteurs, à forcer la main à la fortune et a conqufril' l'appoint qui <loit assurer lC' succès? Avec le principe de propm·tionnalité, au contraire, le déplacement <lequelques milliers de Yoix.ne sufJlrait m[,mo pas, le plus souYOJÜ,a tlonnet· à un parti un siège de plus que ceux. que lui assurernit sa force numérique ré<:'llc. La coeeuption électorale pe1·drait ainsi la plus grarnle part <le sa yalew· et l'acharnement do la. lutte deYienclrait à peu près inutile. En tous cas, le bénéfice possible ne corl'cspondrait plus à 1'offo1-tO. n sam·ait, a l'ayanco, qu'il n'y aurait ni vainqueur ni vaincu et quo chaque opinion pourrait compter sur sa représentation légitime. Ce serait la ju:-1tice et l'apaisement mis à la place de l'iniquité, do l'i1·l'itation et tlu conflit en permanence. Et ce qu'il y a de irès geaye en cc moment, au point de vue des intéL·èts généraux. <lnpays, cc qui est hien fait iiour éYeiller l'attention dans les ciL·constancos p1·ésentes, c'est qu'il n'existe, avec nos méthodes électorales actuelles, aucune proportion entre les variatiolls de l'opinion publi(1ucet les changements qui en résultent dans la composition du Parlement. Il peut suffire du déplacement d'un nombre 1•olatiYement très minime de Yoix.,répa1·ties sur toute la surface du territoire, pour modifier la presque totalité de la représentation et

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