La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

DE LA PROPRIÉTÉ COLLECTIVE 645 bêche, et dont ses efforts ne parviennent qu'à grand'peine à anacher de quoi payer· l'intérêt du capital emprunté pour l'achat cle la teree. Aujourd'hui encore, comme du temps où Michelet écriYait le Peuple, on peut dil'e que lorsque son champ h1i rappoete t, l'usure demande 8, c'est-à-clire que l'usure cornbat 1ui comme quatre hommes contre un et que chaque année <lïnté1'èt enlèYe quatre années années de trayail. Quant à l'hypothèc1uc, on sait cp1eprès ,le 12 milliarrls sont hypothéquès sm· le sol français qui en mut 48. En con~idérant cette pulYérisation <lusol français, cet appauuissement de la terre, cet enyahissernent <le l'hypothèque, cette insatiabilit.é de l'usure, on peut dire que le sol échappe au paysan, que la terre lui glisse des mains et que la propriété fuit dernnt lui comme une ombre. Et YOiciqu'en même temps, un phénomène nouYeau se manifeste: c'est l'as::-ociation cles capitaux appliquée a l'achat (lu sol, l'anonrmat agricole; c'est la constitution d'une nouYelle féodalité terrienne analog-ue à la féodalité industrielle. Naguère, M. Hube1·tDeli::-lefaisait en pleine ::-~ancedu Sénat fr,lnc:ais, cette déclaration enthousiaste dont il ig-norait p1·obablement lavéritable portée: « Le moment vient où le capital français ne se dépensera plus que pou1· la F1·ance; l'argent reYient au sol. Ainsi, dans la nironcle, on a acheté tout 1·éccmrneut pour 12 millions de propriétés et presque tous les acqué1·cu1·s ont de grands noms firiancie1·s. Il y a. autant de millions que de p1·op1·iétaire::-. » Et les faits de ce genre se multiplient. Enco1·e quelques années, et les chefs féoclaux de la finance seront redeYenus les chefs féodaux du territoire français. Contre la concur1·ence que Ya lui faire l'industrie agricole en grand, le petit cultivateur-propriétaire ne peut lutter; il faut qu'il disparaisse, comme déjà a disparu de l'industrie extractive le petit propriétafre de gisements houillers et de carriè<- res, et comme disparaît chaque jour de l'industrie manufacturière le petit patron ou le traYaillenr indépendant. Pourtant, il lui reste peut-être, à lui aussi, comme aux traYailleurs m·bains, une dt>rniere planche de salut: c'est l'association. Déja nous yoyons quelques premières lueurs d'associations apparaître au sein des populations rurales de la France, ce sont quelques sociétés pour l'achat en commun d'engrais ou d'un outillage perfectionné. Si une nomelle organisation du crédit agricole pom·ait fayoriser ce mouvement, tout nous porte à croire que, malgré l'esprit routinier du paysan, l'association s'étendrait bientôt à dés objets de plus en plus importants: c'est que nécessité fait loi. Mais l'association agricole, si elle veut réaliser tous les avantages de la grande propriété ·et lutt.er contre elle, doit absolument appliquer à la culture nos connaissances sur les assolements, les irrigations, l'élevage du bétail, les prairies artificielles. les abris, les constructions rurales, etc, Or, pour

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