La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

614 LA I\EVUE SOC[ALISTF. où l'existence du droit d'aînesse fayorise énormément cette concenfration. Parcourez nos communes rurales, et pre::;que toujours yous y trouve1·ez un g1·and pl'opriétaire foncier à qui appartient presque toutes les terres 1luYillage; le plus souvent ce grand propriétaire e!·1·ienC:)mtwrnde en maitl'e au Yillage, car il est pr~sque toujours, non seulement le principal p1·op1·iétaiee des terres arables, mais propriétaire des maisons, bourgmesh·e et chef ,l'industrie: c'est un \·érit.able seigneu1· féo<lal. Lorsque pat· hasat·<l un lopin resté librr se trouve en Yente, c'est le seignelll' qui en fait l'ac4uisit.ion it Yil p1·ix,car nul n'oserait lui faii•e concurrence pour cet achat. Il en résulte peu a peu une Yéritable concentration de la prop1·iété territoriale en quelques mains. Cepernlant, tandis que la concentration s'opère sul' certains points, sm· d'auti·es la pl'op1·iéte te1'- 1·ienne se morcelle. Ce mm·cellement a lieu sul'tout 11:msle Lux.t'mbourg,il ne peut manquer d'y avoir des suites fàcheuses parce qu'aux. inconYénients ordinaires de la l)fü'cellarité, il en joint ici 1l'autres tout pal't.iculiers ; nous Youlons pal'ler de la destruction des fo1·èts, destn1ction dont les effets sont si pemicieux poul' l'abondance des sources, les qualités du sol, la température !le l'air et son état hyg1·oméh·ique, la tlil·ection et la force du Yent, etc. ~fais c·est en France que le morcellement de la terre ya son tl'ain Yoici ce que llit à ce sujet Pl'Oudlton ,lans sa nournlle Théorie de la propriéte': «Je crois me souveni1· qu'en France les 25 millionsd'hectai·es de terres labom·ables, <lans lesquels ne se fa·ouyeut dès lo1·s compris par conséquent ni bois,ni prés, ni Yignes, ni potag-ers, etc., et qui forment pres ,le la moitié du territoire, sont diYisés en 290 ou 200 millions de parcelles; ce qui porte la moyenne <leces diYisions a moins d'un dixieme d'hectare.» Il y en a de beaucoup plus 1>etites. On conçoit le p1·éjudice porté a la nation par ce morcellcm<'nt ... Une des causes de l'infér'iorité ,le l'agriculture en France est cet excessif mot·cellement, qui n'existe pas en Angleterre, pays de tenure féodale. On a cherche à préyenir cette parcellarité en facilitant les échanges de parcelles, afin ,le recomposer les hé1·itages rliü:;és. Le morcellement ya son train, sans qu'on puisse l'empécher, à moins ,l'une loi !l'utilité publique qui porterait atteinte à la prop1·iété. Kons lisons dans un article du Courri·e,. fnmçais du 28 février 18G8, que le nombre des parcelles de terres en F1•ance était alors de plus rle 140.000.000. Les cotes foncii'>resréunissant les parcelles que chaque contribuable posse,le dans une même commune, étaient en 1858 de 13.118.7~3, et elle se sont élévées en 18Gû a 14.113.117. Et en même temps que le morcellement continue et que le sol s'émiette, l'hypotheque vient greyer tle plus en plus le lopin du paysan, de sorte que le papan n'est souYent que le propriétaire purement nominal du coin de terre qu'il cultiye péniblement a la

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