La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

506 L.\ REVUE SOC[ALISTE ,les familles ouv1·iè1·t'sétait le p1·emier but que tlcYait s'imposer l'inclusti·ie. C'est seulement après l'iinention ,le;-;engins mécaniques, qui ont centuplé la. puissance de p1·ocluction, continue ~I. (iué1·in, que la µ;1·anclein,lust1·ie s'est yéJ-itablement constituée. Résumons sa situa- •tion telle qu'elle se rlégage des enquêtes faites à notre époque, des raits obsenés, tles monogra.phirs qui en ont été publiées. L'ouy1·ier de la gnrndc industi·ie n'a t·icn du passé; son père ne lui a tnwsmis ni un foyc1·,ni une t'pai•gne, ni même des traditions. Il a1·1·iyest'ul à la, -vie, n'ayant (1ue ses b1·as pom· unique capital. Le salai1·e C'Onstitue son pt•incipal !lloyen d'existence; les autres som·ccs de 1·ecettes qui alirncnlent k l>u<lgctd'une famille ou,ï•iè1·e, telles qu<'les snbYentions, les inrlnstL-i0sdomestiques sont rest.i·eintes; elles supposent une organisation où, le patron et l'omTier étant liés par des engagements 1>errnancnts. la 1·érn1n1él'ation du fran1il est accordée d'a.p1·ès les besoins <le la. famille, et non pas seulement. <l'après la quantité de tn1xail foumi. Plus loin notre a(lYe1·sai1·edit : L'01rnier de la µ;rantll' industrie ne tient pas son so1·t.entre st's mains; il est ,lominé par une force conh·e laquelle il demeure impuissant; les crises écono111iquesle 1wiYent brusquement cle traYail en diminuant son :-;alail·e,sans que les défaillances ou la 1·(•µ:ulal'itéde sa eonduite soient en cause. Comment, clans de telles conditions, pa.nienèlrait-il à amasser une épargne'? Jetons maintenant les yeux . ut· :-;onintfricm·. La Yiede famille le console-t-elle des duretés ,le l'existrnc0? Sa femme, lorsqu'elle trantille dans une manufacture, n')· 1·écolte qu'un maigre salai1·e; lol'squ'il rentre l<' soi1·ch<'zlui, il ti-otIY<u' n Coyer <lésc1-t,un dîner mal 1n·éparé, car l'om-riè1·c a tu<' la rne1rngère <'t la mère cle fa.mille. Dans le pays où le traYail des f'<'mmt>sc:=;fe,n u:-;age,cPllcs-ci sont dans une inc1·oyable ignm·an('O au su,iet dps fraYaux clu ménage; tel10 femme exérutt'ra ayec pPi-fedion le délai! <lP la fabi-icatio11 ,l'un objet manuf'actu1·è; mais <'li<'ne sarn·a rlus Cai1·eou 1·ayaude1· mie pai l'e cle chm1ssett0s. Incapable même de 1·ernpli1· ses clevoÎl·s rnalcmels, elle am·a pei·du l'ai·t d"cmmailk,ter ses cnfauts. Dans un grancl nomb1·0 ü'iudusti·ics, ajoute :M. U1·ba.inGuérin, les nécessités du traYail l'appellent pendant la nuit à la manufacturt'. C'est là une cau:-;epermanente dt>clémoralisat.ion. Les enfants sont ,lélaissés, l'ouHière percl le p:oût ,lu ménage, los sentiments de la famille. C'est le déso1·èlre.Dans cle telles conditions, la Yiede famill0 n'rst plus qu'up. mot. Femme, enfant, mère, la machine pren,1 tout. L'existence 1hatérielle est si difficile pour l'ouniei·, dans plusieurs usines, il ne touche sa. paie qu'une t'ois par mois, et la privation d'argent pendant longtemps le porte à profiter de cette aisance fugi-

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