La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

CÉSAR DE PAEPE 579 Comme toujours, le jeune de Paepe se fit remarque!' parmi les plus intelligents; mais il ne put"pas longtemps se livrer à la moisson des laul'iers universitaires.Au plus fort (le son travail, il fut frappé d'un affreux malheur qui aurait i:;ubriser la vie intellectuelle qui s'ouvrait devant lui si br·illante et si féconde. Il perdit son père qui subvenait aux besoins de sa famille avec ses modestes appointements de petit employé admini~ti-atif. Gette µerte il'réparable fit entrer la gêne sous le toil où· restaient sans appui une veuve et cinq orphelins. L'étudiant n'eut plus l'Îen à attendr·e des siens. AYec tout autre l'étude aurait dù être abandonnée, pour lui il en fut autrement; il quitta (c'était bien fot·cé) les ba11csde l'école pour l'atelier ; mais il ne cessa pas pour cela de fréquenter les cours les plus impol'lan ts de l'Université. On le vit ainsi faire, plus que jamais œuvre triple, menant de front l'étude, le travail manuel et la propagande :;.ocialiste, et il suffit à tout. Tant de travail et tanl de courage eu1·ent leur récompense. Après qua11·e annôcs de trarnil acharné et de fréquentation hàtive <les cours de la Facult1• des Sciences, puis de ceux de la Faculté de Médecine, il fut reçu interne au concours des hôpitaux.Entre temps, il avait à vingt et un ans épousé la fille de Brismée que la mort devait si soudainement frapper peu d'années après, en lui laissant lieux enfants. Obligé de subvenit· aux besoins de sa jeune famille, il dcYait augmenter ses ressources; et pour cela, il aYait quitté la tYI,ogrnphie et était devenu correcteur, office plus lucratif, auquel il n'arnit pas tardé à ajouter celui de répétiteur de physique et de chimie. Où l'adolescent avait passé, l'homme fort passa, et la persistante obligation de mener de front le travail :;a]a1·i.\,l'èluclc et la propagande socialiste n'entrava en rien la caniôre de cet incornparable tl'availlcur. En 1871, il fut reçu docteur en médecine avec la plus grande distinction (mention que portaient ses diplûmes) et peu après, il s'établit à Brnxelles comme praticien en médecine et en chirurgie. Il s'est acquis comme médecin-accoucheu1· une réputation méritée, sans pour cela trouve1· le Pactole, car il csl par excellence le médecin des pauvres gens dont il reçoit plus de bénédictions que d'honoraires. « Tel est l'h<:>mmeprivé. Le socialiste n'e~t pas moins louable .. , (1). De Paepe avait fait, nous l'avons dit, ses premières armes à dix-sept ans, à cet {tg·e, c'était en 1858, il était dôjà. par·mi les meilleurs rédacteurs de Vlamingen uooruit ! (Flamands en avant!) « En 1859, il s'affiliait aux Solidaires, société mère de la Libl'e Pensée en Belgique; en 1860-61, il participait à la fondation de l'association le Peuple et du journal la Tribune dt, Peuple. Il collabora presque simultanément à la Tribune dt, Peuple (Bruxelles), au l\firabe.au (Ver·viers). à la Liberté (Bruxelles), à !'ami du Peuple (Lièg<)), au '\Verker (Anvers), au Journal des Etudiants, à la Rive g:..11che (de Paris 1, au Soir de Paul Robin (Bruxelles), à la Gazette de llollande (La Haye), à \'Egalité (Genève), etc. On reste confondu de tant d'études, de tant de trnvail, de tant d'actes, de tant de fécondité. Le socialisme moderne n'a produit aucun autre réalisateur de cette trempe. De cette merveilleuse activité deux grands faits sont résultés, que nous devons relever dans cette hâtive et sommaire esquisse. C'est d'obligation, car c'est surtout comme fondateur <le l'Internationale en P.elgique et comme premier théoricien du collectivisme moderne, que l'éminent publiciste belge mérite d'attirer notre attention. (1) Voir Histoire du socialisme, tome quatrième.

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