La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

MENSONGES CONVENTIONNELS DE NOTRE CIVILISATION 555 légèreté en répomlant de l'inaltérabilité de leurs sentiments? La ficlélité n'est pas une nécessité physiologique de l'amour~ si on l'exig-e c'est en Yertu de l'égoïsme. L'égoïsme du plus fort a dû, dans le développement des mœurs, Yaincre celui dn plus faible. et comme l'homme est le plus fort il a fait les lois, les mœurs pour son 1n·op1·eayantage et an désavantage de la femme. Il exige de la femme fidélité absolue, mais il ne lni 1·econnaît pas le même droit à son èga1·<l." Puisque l'autem· affirme que la fidélité absolue n'est pas dans la nature humaine, nous Youdrions lui !lemancler, sans prendre parti pom· ou contre cette asscl'tiou, en quoi doit consister la fidélité rclatiYe et c1uelleest la durée qu'un attachement doit ayoir pour que l'inrlividu ne soit pas taxé ,l'inconstauc,~ et de libel'tinage? L'auteur des Mensonges conventionnels voit, dans le divorce, la solution à toutes les difficultés matrimoniales. Nous ne sommes pas si optimistes. La question est plus complexe qu'il ne l'imagine. Elle rlemande de tl'op grands déYeloppements; et ce sujet délicat effarouche encore ti-op d'esprits, même parmi les socialistes, pour que nous puissions nous en occuper pleinement ici. Ce qui rend cette question si !lifÎlcile à. résoudre, c'e. t que la raison et les sentiments de l'homme ne s'accordent jamais sur ce point. Le sentiment se réYolte contre les conclusions d(;)la raison, et c'est lui précisément qui oblige la raison à coi1stater ses incurables faiblesse·. Si l'homme deYenait un être assez raisonnable pour que sa raison domillëlt toujours le sentiment., les incohérences de l'amour (lisparaîtt·aient, mais l'amour ::;'éyanouirait avec elle:-;. L'homme cloit se_résigner philosophic1uement à. l'amour, comme il se résigne à subie les autres lois de la nature qui sont plus puissantes que lui. Il ,loit le considérer comme une force supérieure qui échappe à. toute conteainte, qui deYient d'autant. plus impérieuse et d'autant plus désordonnée, qu'on essaye daYant.age de la soumettre et de lui imposer des règles. En résumé, la question reste entière et elle ne manque pas d'urgence, en France surtout, où l'ill(lignité des jurés bourgeois, se manifestant par le scandaleux acquittement de tous les criminels des cieux sexes, qui ont assassiné pa1· jalousie matrimoniale ou vengeance sexuelle, nous ramène aux Yiolences et aux meurtl'Cs de l'état sauvage. Le régime familial bourgeois n'est pas moins abominable que son 1·égime économique auquel le prolétariat doit l'insécuri Léet la misère. Max Norclau envisage ensuite la situation de la femme sans le mariage, de la femme indépendante de l'homme. Il dit, avec raison, que le sol't des femmes set·ait pire que dans la société actuelle, si la

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