La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

LA. REVUE SOCIALISTE la malcrnité p1·ouvc justement combien il est n.:.ccssairc que les femmes ne restent pas indifférentes aux questions sociales, parce que c'est avec leur concours seulement qu'elles pourront être rt:solues d'une façon complètement conforme à la justice. Nous avons hâte d'ajouter qHe cet excellent petit livre ne saurait être as~ez recommandé. Les principes fondamentaux du socialisme y sont nettement définis et surtout de manière à ]es rendre compréhensibles et même intüessants aux personnes les moins cultivées. Il est parmis à M. Paul comme à tout socialiste de se trompe1: sur quelques détails, l'essentiel c'est qu'il soit parvenu à secouer l'inditfi•rence de Lise et à faire comprcnrlre à ses deux amis que le socialisme est l'avenir et que son triomphe inté1·essc également tous les hommes. Lors même que Lise n'approuverait pas toutes les idées de M. Paul, son esprit se se1·a ouvert aux pensées élevées, elle réfléchira, propagera ses i<lées,et, en discutant avec son instituteur, ils s'éclafrcront mutuellement. Moins socialiste, intéressant nfonmoins est le Jiyre de M. Rostand: Les questions d'économie sociale dans une grande ville populaire. L"auteur abonde en bonnes intentions et en vuesjustes,par cxemple,Iorsqu'en parlant des grands magasins et du petit commerce il clit : « Force est bien de reconnaitre que si l'intérêt du marchand est clc venclre le plus aYantageuscrneut possible, celui du consommateur est d'acheter au plus bas p1·ix possible; or les consommateui's sont la masse du pays. » Et au sujet des femmes : « le femmes sont aptes à de très multiples pl'ofessions auxquelles accès ne leur est pas donné et qui leur fourniraient occasion <le se distinguer, de réussir·, <l'accroître leur bien ètrn ». Tout cela est de la saine 6conomie politique et du pur socialisme ; mais, à côté, que de propositions ~ontestabies i L'auteu1· n'a pai! compris que le seul principe <JUi doit guider dans les réformes sociales c'est la justice. li reconnait que.clans la société,il y a bien des misères imméritées : « Combien cle fois, rlit-il, la détresse, impuissante à pa~·er le garni, est le résultat de malechanres de chômage, de maladies, et n'implique aucune immoralité. » Mais, au lieu d'admettre que cette détresse est due à nne mauvaise organisation sociale et que c'est par- la réorganisation de la société qu'il faut l'empêcher, l'auteu1· veut atteindre cc but par la charité privée, par l'aumône qui drgrade l'homme, le prive de sa liberté, établit une inégalité encore plus révoltante entre le paune et le riche. Cc n'esL pas de l'inifüitive capriçieuse du privilégié que le desbérité doit altcnrlre du secours, c'est de la société tout entière. Ce n'est pas l'aumône qu'il "teut, c·est la justice. Quelques-unes des mesures que propose l'auteur et dont la réalisation est déjà en partie accomplie, telles que l'abri gratuit et temporaire, sont bonnes provisoirement; mais elles ne peuvent pas étre considérées comme le but définitif d'une société basée sut· la justice. « Les questions sociales. dit l'auteur. ne se résoudront, dans la mesure du possible, que par l'accord de ces éléments : l'épargne et la moralité d'une part, le patronnage de l'autre; en un mot l'appui réciproque et col'dial des créatures humaines ». Mais il ne peut y avoir d'appui réciproque et cordial entre le riche et le pauvre, enLre celui qui a tout et celui qui n'a rien, entre celui 'lui fait l'aumône et celui qui la reçoit. Et comment pouri·ait-il épargnc1·,l'indiYidu qui n'a pas même <lec1uoimanger, ni de qnoi payer un misérable garni1 An lieu de traiter d' « absurdités» les données du socialisme, si l'auteur les étudiait sans parti pris, il reconnaitrait, certainement, qu'elles sont seules capables de porter remède aux mi~ères sociales actuelles. !\IARIE DEV ALCOUR.

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