La Revue socialiste - 1889- Tome IX - vol.01

REVUE DES LIVRES 499 administration sociale, dont ne pourrait se passer la Fédération la plus libertaire elle-même. Voyons maintenant la manière dont le citoyen Malato parle de la production et de la consommation. « Sang argent, sans bons de travail, les membres de la société, à la fois producteurs et consommateurs, prendront librement ce qui leur sera nécessaire, sachant bien que la production sera toujours supérieure à la consommation. > « Tous les communistes ont adopté l'idée de ces établissements assez analogues à nos grands bazars. Les autoritaires les conçoivent fonctionnant sous la tutelle de l'Etat. Les anarchistes préconisent la prise au tas par les travailleurs. Toutefois une comptabilité, très simple il est vrai. est indispensable pour se tenir au courant de la production et des besoins de la consommation. » Mais qui sera chargé de teni1·cette comptabilité, puisqu'il n'y aura plus de gouvernement? Le premier individu venu pourra-t-il s'intituler cornptable ~ Alo1·s il sera, à lui seul, gouvernement. En quoi consistera cette comptabilité? Comment s'exercera-t-elle, pui~qu'en supprimant les bons de travail et la monnaie, tout moyen de contrôle sera supprimé? Comment le comptahle contrôlera-t-il si l'individu ne prenil pas le superflu, si ce ne sont que les proc,uc- • teurs qui viennent prendre au tas, et si les paresseux ne prennent pas plus que les travailleursî < Les socialistes autoritaires, continue l'auteur, qui sacrifient la liberté de l'individu à la régularité des rouages sociaux, rêvent de transformer les branches de l'activité humaine en services publics. L'Etat finirait pa1·absorbel' toute initiative privée, par annihiler tonte liberté; l'Etat, ce maître aveugle parce qu'il est trop puissant, n'acquerrait pas plus qu'aujourd'hui l'omniscience. » L'omniscience non, mais se composant des inàiviclus les plus intelligents et les plus honnêtes, l'Etat dirigera toujours mieux la machine sociale que si chacun poumit, à sa fantaisie, lui donner l'impulsion. L'initiative privée et la liberté ne sont pas annihilées lorsque les individus, par leurs délégués, ont le pouvoir de faire les lois qui doivent les régir. Eston privé de liberté et d'initiative lorsqu'on se régit ,l'après ses prnpres lois? Ajoutons d'ailleul's que l'auteur confond volontai1·emer..tl'o1·ganisation commuui~te avec l'o1·ganisaEon collectiviviste; cette dernière ne comporte pas la régie de l'Etat pour tous les services publics; une partie de ces derniers sont laissés à la eommune ou aux corporations, sous le contl'ôle des pouvoirs publics. Encore quelques observations : <s. Les travaux entrepris par des associations ne s'exécutent-ils pas aussi bien que ceux des administrations de l'Etat, et ne s'exécuteront-ils pa!t beaucoup mieux lot·squ'il y aura concordance d'intérêt et parfaite égalité entre les membres de l'association'! Cessera-t-on de creu~er des tunnels, de jeter des ponts, de percer des isthmes, parce que les charpentiers, les maçons, les forgerons et les mécaniciens y trouveront le même avantage que les ingénieurs; et que tous bénéficieront de leur tâche, au lieu d'enrichir, moyennant salaires iné .• gaux, d'oisifs actionnaires? » Le socialisme collectiviste ne veut pas que les travailleurs enrichissent d'oisifs actionnaires; il veut que chacun bénéficie directement de sa tâche; mais le socialisme dit que l'on manquera de travailleurs quand les hommes seront libres de consommer sans produire. Les égoïstes, les paresseux ne songeront qu'à laisser la peine aux autres, et ceux-ci ne voulant pas être dupes, au lieu de travailler les hommes vivl'ont en lutte perpétuelle, chercheront à se soumettre les uns les autres et, au lieu de progresser, ils retourneront à la barbarie et à la sauvagerie où les plus forts et les plus i·usés oppriment les autres.

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